Résumé : Décriées, conspuées, tournées en ridicule par les hommes, tant médecins que professeurs d’université ou étudiants, sept jeunes femmes qui rêvent de devenir. médecins, au milieu du siècle à Édimbourg, se donnent la difficile mission d’ouvrir aux femmes l’accès aux études de médecine en Grande-Bretagne. C’est cette réalité historique qui sert de toile de fond à une enquête menée à un rythme endiablé, mettant en scène notamment celui qui inspira le personnage de Sherlock Holmes : le Dr Joe Bell, qui, par ses fabuleux talents d’observation et de déduction, fait l’admiration de tous ceux qui l’entourent, et notamment de son jeune assistant, un certain Arthur Conan Doyle qui fera de lui plus tard une légende, en le peignant sous les traits de son illustre détective.
Mon avis : Peut-être que certains d’entre vous se souviennent que l’année dernière j’avais adoré
L’homme qui était Sherlock Holmes, une biographie du Docteur Joe Bell par Ely M. Liebow. Quand j’ai appris que les éditions Baker Street allaient sortir cette fois-ci un roman de l’auteur, se déroulant à la même période, à Édimbourg, avec Bell et en toile de fond le combat des étudiantes en médecine pour pouvoir être diplômée à l’égal de leurs condisciples masculins, j’ai tout de suite décidé qu’il serait sur ma liste d’achats. Mais cependant, je n’ai pas eu besoin d’attendre sa sortie pour recevoir un mail me proposant l’ouvrage en service de presse, comment refuser, comment même songer à refuser ? L’ouvrage a donc été rapidement entre mes mains et je remercie Cynthia Liebow pour m’avoir contacté et envoyé le bouquin.
Pendant l’année 187*, une groupe de sept jeunes femmes mené par Sophia Jex-Blake a fait vibrer la capitale écossaise. En effet, elles souhaitaient non seulement étudier dans la prestigieuse université de médecine d'Édimbourg, mais également être admise en séance d’anatomie et pouvoir accompagner les médecins dans les salles de soin au même titre que les étudiants mâles. Ely M. Liebow reprend donc les faits historiques, des personnages ayant existé (je ne sais pas s’il en a inventé, peut-être le journaliste ?), et brode là-dessus une intrigue criminelle pas mal du tout, mais donc le fond manque singulièrement de dynamisme et de concision.
En lisant les premières pages, j’étais aux anges. Un prologue écrit par un mystérieux narrateur qui propose de nous raconter les terribles évènements de l’année 187*, une gravure très victorienne pour orner le tout et j’étais au paradis, cependant bien vite, mon enthousiasme est retombé. C’est encore une fois ce que j’avais pu soulever dans mon billet sur la biographie de Bell qui m’a freiné. Ely M. Liebow parle, comme dans sa biographie, de faits précis et détaillés, il les présent précisément comme dans sa biographie, d’une façon peu adapté à un roman me semble-t-il. Par exemple, quand l’action décolle vraiment, que je ne voulais pas lâcher mon livre, le narrateur nous écarte de la scène pour nous dire qu’il ne peut absolument pas éviter de nous parler de la controverse qu’il existe au sujet de l’existence des microbes. Certes c’est en rapport avec la scène, cependant a-t-on jamais vu manœuvre plus maladroite et susceptible de couper l’élan du lecteur ?
Les dialogues ensuite ont été une source d’agacement. L’auteur emphatise continuellement. Les terribles évènements sont annoncés sans cesse sans qu’on en voit le bout avant la fin de l’ouvrage, la moindre anicroche est montée en épingle et notre narrateur, du style Hastings ou Watson justement (parce que lui-même se nomme Watson), est un peu lent, un peu naïf et du genre à s’ébaubir à grands cris des déductions de Bell ou de l’inspecteur. Je me demande comment le prototype du narrateur doucement idiot peut encore séduire les romanciers. Les dialogues s’en ressentent donc. L’art d’en écrire est vraiment, à mon sens, très périlleux. Soit l’auteur y réussit avec brio, sachant habilement travestir ses « dit-il » et « s’exclama-t-elle » en acteurs invisibles mais nécessaires, soit comme c’est le cas ici, il donne l’impression soit d’en placer trop et de nous boucher la vue, soit d’en oublier et de ne pas nous permettre de parfaitement comprendre ce dont il s’agit. Ils sont également trop souvent très, trop didactiques. Les « mais qu’est-ce que cela signifie ? » sont d’une récurrence agaçante. Et parallèlement à ça, la manière dont le texte a été préparé me laisse songeuse. Les problèmes de guillemets à la française sont réguliers (ils sont ouverts mais pas fermés, ou fermés mais pas au bon moment, se perdent dans la nature, etc.), et la traduction m’a plusieurs fois intriguée (ou alors cela vient du texte original, mais je n’y ai pas eu accès vu que cette édition est la première mondiale). Exemple : «
L’étrange carriole qui venait de se garer dans la rue semblait fabriquée avec des planches récupérées dans toutes les poubelles. » Quelles toutes ? Toutes les poubelles de la rue, du quartier de la ville ? Ne dirions-nous pas plutôt, dans des poubelles ?
Enfin bref, la dernière partie du livre arrive, et je recommence à être attachée au texte comme au début. L’action se développe enfin et même si je remarque les petits trucs agaçants dont je vous ai parlé plus haut, je ne lâche pas mon bouquin. La solution arrive, et elle est bien menée, je ne peux et ne veux dire le contraire, mais m’étant perdue dès le début dans la profusion de personnages présentés de manière confuse, je n’ai pas pu être surprise ou contente de l’identité du coupable. Je n’arrivais tout simplement pas à le remettre.
Dernière petite chose à évoquer, le caractère disons holmésien de l’ouvrage. Pour un amateur éclairé comme je peux l’être, les clins d’œil sont évidents, mais du coup un peu trop. Ce sont les clins d’œil habituels utilisés dans les pastiches et de la manière dont ils sont repris d’ordinaire. Phrase habituelle de Holmes, attitude, etc. J’avoue cependant que la reprise du « Élémentaire, mon cher Watson. » qui même si elle n’a pas existé textuellement dans le canon, fait tellement partie du personnage qu’on ne peut y couper, est faite d’une très belle manière. Cependant, pour le caractère vraiment parcellaire et annexe de ces caractéristiques holmésiennes je ne classerais pas ce bouquin dans les billets du
Signe des Trois.
En deux mots : Je me rends bien compte que mon billet n’encourage pas spécialement à la lecture de cet ouvrage. Cependant, malgré sa discutable et maladroite construction en roman, elle apporte des informations passionnantes

sur ce passage de l’histoire victorienne et j’ai relevé de nombreuses informations que j’ignorais et qui m’ont donné envie de lire des tas d’autres trucs (en vrac la biographie de Sinoué sur Nightingale, l’autobiographie de Sophia Jex-Blake, des journaux britannique de l’époque, grand dieu comment réaliser ce rêve ?), m’ont fait une fois de plus bénir de ne pas être née femme à cette époque, et m’a réellement intéressé même si je n’ai pas ressenti cette petite « flamme » qui guide les lectures qu’on pourrait classer en coup de cœur.
Dernier petit bémol, il est dommage que la source des petites illustrations de début de chapitre ne soit pas donnée.
Ce billet est le premier qui rentre dans le cadre du
challenge Victorien ! Et allez lire ce qu'en pense
Pinly.
Composition graphique Eva Van Ruymbeke.
Traduit de l’anglais par Françoise Jaouën.
Seven against Edimburgh
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