Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, Pierre Bayard.

Publié en 2007.
Challenge Le nez dans les livres.

 

http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/couv33447274.gifMon avis : Lire Comment parler des livres que l'on n’a pas lus ? n’a pas été facile. J’ai commencé par une dizaine de pages, et j’ai tellement trouvé ça pénible que j’ai arrêté pendant une semaine. Le propos, l’absence d’humour et le jargon d’essayiste m’ont tout de suite gonflé. Parce que moi je pensais que ce serait drôle. Un ton genre dandy à la Wilde, de l’humour, du cynisme, de l’absurde. Alors que non, c’est très sérieux, très… cultivé comme aime à l’écrire l’auteur. Le ton et le propos m’ont hérissé. Pourquoi diable parler de livres qu’on n’a pas lu ? Pourquoi ? Et à la fin de cet essai je n’ai toujours pas de réponse. Quand on me parle d’un bouquin que je n’ai pas lu, j’ai une attitude surement très bizarre, je dis que je ne connais pas. Et j’écoute ce qu’on a m’en dire. Point. Je peux discuter d’un thème abordé par l’auteur, demander des explications, donner mon avis sur le thème (pas le bouquin vu que ben oui je ne l’ai pas lu), mais ça, ce n’est pas parler du livre, c’est parler autour du livre.

Premier passage et première idée très longuement développée : «  Cette rencontre avec  l’infini des lectures possibles n’est pas sans rapport avec l’idée d’encourager à ne pas lire. Comment ne pas se dire, face au nombre incalculable de livres publiés, que toute emprise de lecture, même multiplié sur l’ensemble d’une vie, est parfaitement vaine au regard de tous les livres qui demeurent à jamais ignorés ? » En gros, y a beaucoup de bouquins, on réussira jamais à tous les lire, donc on n’en lit aucun ou alors ou feuillette juste. Logique dis donc.

Ensuite : « De ce fait, n’avoir pas lu tel ou tel livre n’a guère d’importance pour la personne cultivée, car si elle n’est pas informée avec précision de son contenu, elle est souvent capable d’en connaître la situation, c’est-à-dire la manière dont elle se dispose par rapport aux autres livres. Cette distinction entre le contenu d’un livre et sa situation est fondamentale, car c’est elle qui permet à ceux que la culture n’effraye pas de parler sans difficulté de n’importe quel sujet. » Donc pour lui la culture c’est de parler de livres qu’on n’a pas lu avec des gens qui ne les ont pas lu et tout ça pour brasser du vent. Génial. Et parler de ces livres semble la finalité du bonhomme. L’exégèse pure, et tellement pure qu’on fait abstraction du texte lui-même. Je n’y vois personnellement strictement aucune sorte d’infinitésimal petit intérêt.
Autre truc qui a rendu ma lecture sinon difficile du moins laborieuse, c’est la particulière obstination de l’auteur à se répéter sans cesse.  En long, en large et en travers. Il cite un auteur, ou plutôt il le paraphrase pendant cinq pages, résumé son paraphrasage, puis donne son « avis » et résume son « avis ».

« Dans le second cas, la personne qui ne lit pas s’en abstient pour saisir, comme le bibliothécaire de Musil, l’essentiel du livre, qui est sa situation par rapport aux autres. » L’essentiel d’un livre c’est sa situation par rapport aux autres ? Vraiment ? Je me demande si Pierre Bayard a jamais aimé, vraiment aimé, lire un livre. Vibré avec lui. Vécu une autre vie, un moment qu’il n’aurait jamais vécu sans avoir ouvert ce livre précis. Livre qu’il n’ouvrira pas pour ne pas supprimer la possibilité d’autres lectures qu’il ne fera pas non plus. Mais dont il connaitra la situation. Youpi, le pied dis donc. Qu’est-ce qu’on se marre chez les hommes cultivés.
Il y a des trucs intéressants, mais exploités d’une façon, orientés vers une visée qui ne me plaît pas, me semble plus que oiseuse. Exemple de truc intéressant : « Car nos propres paroles sur les livres nous séparent d’eux et nous protègent tout autant que les parles des autres. » J’ai déjà ressenti ça, surement dû à ma difficulté à exprimer ce que j’ai ressenti à la lecture d’un livre de façon élaboré et complexe, quand j’écris un billet, que je le relis et que je me dis dit que ça ne représente pas vraiment ce que j’ai ressenti. Mais la suite de la phrase détruit mon début de bonne opinion et illustre je pense ce que j’ai dit plus tôt : « Dès le temps de la lecture, et même sans l’attendre, nous commençons, en nous puis avec les autres, à nous parler des livres, et c’est à ces discours et opinions que nous aurons ensuite affaire, reléguant loin de nous les livres réels, devenus à jamais hypothétiques. » Cette idée de distance au texte et de perte de sens est certes intéressante, mais semble pour Pierre Bayard tourner à l’obsession et être la seule finalité possible d’un souvenir de lecture. J’utilise le mot souvenir et cela tendrait surement à appuyer sa thèse sur la mémoire de nos lectures, mais il ne me semble pas qu’on l’entende de la même façon. Pour moi un souvenir de lecture est la douce impression que nous laisse un livre apprécié et nous permet d’y retourner dans notre quand bon nous semble. C’est le prolongement direct et naturel d’une lecture puisqu’on ne peut que difficilement lire sans arrêt le même livre, n’est-ce pas ?

« On l’a vu, parler d’un livre a peu de choses à voir avec la lecture. » Ça on est d’accord. « Les deux activités sont tout à fait séparables, et je m’exprime pour ma part d’autant plus longuement et d’autant mieux sur les livres que j’ai pratiquement cessé d’en lire, cette abstention me donnant toute la distance nécessaire […] pour m’exprimer à leur propos avec justesse. » On pourrait donc parler avec justesse de livres qu’on n’a pas lu, par un sacro-saint principe de distance et de vue d’ensemble des livres dans leurs situations. Et là je repose ma question, quel est l’intérêt de parler de livres si on ne les lit pas ? Quel est l’intérêt d’avoir une vue d’ensemble, à quoi sert de connaître les situations et les liens entre les bouquins si on ne les lit pas ? A faire bien en soirée assurément.
Il y a aussi cette réflexion sur le « bon lecteur » récurrent qui m’a gonflé. Mais pourquoi faut-il que les essayistes de tout poil aient besoin de qualifier les lecteurs de bons ou mauvais ? Mauvais selon quel critère, bon selon quel critère ? Chaque lecteur est différent, chaque lecteur ressent un livre différemment. Ce n’est ni mauvais ou bon, c’est juste différent. http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/challengelenezdansleslivres1.jpgC’est inclassable selon des critères qu’on déciderait de figer dans le marbre pense-je. C’est inclassable et c’est bien que ce le soit. La vie est infiniment complexe et indescriptible, il en va de même de la lecture.

En deux mots :
J’ai volontairement tût certains aspects du livre par soucis pour vous mes petites belettes. Il est plus intéressant, ou pas, de lire le bouquin, que ma logorrhée.
Comment parler des livres que l'on n’a pas lus ? est un essai incroyablement long et qui tourne autour du pot. Il y a des réflexions intéressantes, mais noyé dans un marasme d’idées fixes et peu constructives. On s’éloigne de ma conception de la lecture, le pied intégral, le voyage, la réflexion, et on rejoint une espèce de posture de causeur de salon qui se fout bien de ce dont il parle pourvu qu’il en parle et que ça fasse plaisir à ses auditeurs tout aussi fat que lui.


Apostille : Cécile me dit que je me serais trompée sur toute la ligne et j'ai plus foi en son avis qu'en celui de l'auteur pour le coup, ou de ce que j'ai cru comprendre. Il est apparemment apparent quand on écoute ses interview de l'époque de la sortie que le bouquin est du second degrés. Et j'en avais bien trouvé quelques petites traces, sauf que ça ne m'avait pas frappé comme étant voulu. Bref je vais me renseigner plus avant et de toute façon le bouquin est dans ma bibli. et peut être relu à tout moment.

Rangé dans Littérature française le 17 décembre 2011

Par CecileSBlog le 18 décembre 2011
Ce livre, je l'ai lu à sa sortie et donc j'avais en tête les interviews de Pierre Bayard. Ce qu'il faut voir, c'est que le type est très très second degré. Il ne te dit pas en fait de parler de livres que tu n'as pas lu mais plutôt il se moque des gens qui le font dans le milieu de St Germain des Prés.
Par Méloë le 18 décembre 2011
Arff, je l'avais repéré il y a quelques temps déjà car j'imaginais un truc drôle et impertinent, comme toi. Mais vu les extraits que tu nous livres et tes commentaires, je n'ai clairement plus du tout envie de le lire.
Et dire que l'auteur a également écrit un bouquin sur le meurtre de Roger Ackroyd, en en proposant une nouvelle lecture avec un coupable différent. DU coup, j'hésite aussi à lire celui-là.
Par Raison-et-sentiments le 18 décembre 2011
Oula. J'aime le second degrés, mais alors je n'en ai vraiment vu aucun ._. Il est vraiment bien caché ou alors j'ai été très effarouché par ses propos. J'ai essayé de trouvé ses interviews sur le net, mais je n'ai pas réussi à mettre la main dessus.
Je vais rechercher alors.
Par Raison-et-sentiments le 18 décembre 2011
Cécile me dit qu'il y a du second degrés, surement du quarantième degrés, parce que je n'en ai vu goutte. Peut-être que quelqu'un de plus intelligent que moi le verrait et aimerait ?
Je n'ai trouvé aucun avis constructif sur le net faisant mention de ce second degrés, ils l'ont apparemment vu tous au premier degrés, mais ont aimé. C'est bizarre cette affaire, je retenterais surement de le lire plus tard, l'esprit libre.
Par Raison-et-sentiments le 18 décembre 2011
Et tu n'avais pas trouvé qu'il se répétait ? A moins que ça ait aussi fait partie de son second degrés ?
Par CecileSBlog le 18 décembre 2011
Je n'ai pas dit qu'il était bien écrit :)
Par Raison-et-sentiments le 18 décembre 2011
Je te demandai justement, pour être sûre ^^
Par CecileSBlog le 18 décembre 2011
Je ne dis pas que tu t'es trompée parce que quand j'avais commencé à le lire, je le lisais de la même manière que toi. Ensuite, je l'ai écouté, j'ai lu des critiques et tu peux trouver dans ce livre des questionnements sur qu'est-ce qu'un livre. Quand on dit, "j'ai lu un livre" qu'a-t-on réellement fait. A-t-on lu le livre, le livre que l'on voulait voir, est-ce que tous les passages nous ont marqués ... Est-ce que si tu parles du livre à ton voisin, il a compris et aimé les mêmes choses que toi. Le titre c'est une manière de s'interroger sur ta réponse à la question que l'on peut te poser dans des dîners de St Germain des Prés "As-tu lu ce livre ?" Est-ce que si tu l'as lu, si tu l'as feuilleté, si tu l'as regardé en diagonale, si tu l'as commencé par la fin, est-ce que tu peux répondre "je l'ai lu" et plus précisément est-ce que tu peux en parler. Je trouve que c'est une question d'actualité en ce moment en plus. Après je suis d'accord avec toi qu'au niveau de l'argumentation, de la construction du livre et même la manière dont c'est rédigé, j'avais trouvé cela lourd et pédant. C'est un essai qui amène à réfléchir sur soi, sur sa pratique de la lecture. C'est le principe d'un essai.
Par Raison-et-sentiments le 18 décembre 2011
Son questionnement sur qu'est-ce que c'est qu'avoir lu un livre en entier m'a intéressé, mais c'est tellement noyé dans un ton pédant et des longueurs que bon.
Je sais bien que c'est le but des essais, mais si ce n'est pas bien écrit, j'ai un de peu de mal à accrocher.
Par La publivore le 18 décembre 2011
HAHAHA ! Moi j'ai beaucoup ri en lisant ton billet. Tu n'as pas ta langue dans ta poche, et tu fais bien d'assumer ta position. Cette lecture t'as assommée, au moins, c'est clair :)
Héhé !
Par Raison-et-sentiments le 19 décembre 2011
Contente que mon billet t'ait fait rire, j'avoue que j'aime bien dire ce que je pense, quel vilain défaut :)
 

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