« Après un bon diner, on peut pardonner à n'importe qui, même à sa famille. »Vous aurez peut-être remarqué ma passion pour l'Angleterre victorienne, Oscar Wilde et les peintres préraphaélites (ou alors vous êtes aveugles ; et manchots, mais c'est un autre débat). Alors quand l'exposition du Victoria and Albert Museum de Londres a migré au musée d'Orsay et que j'en ai découvert le titre et l'affiche je n'ai pu que courir y aller (en plus c'est pas loin de chez moi) et j'y camperais si je pouvais. Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde, entreprend de présenter l'Aesthetic Movement dans toute sa richesse.
On est dans les années 1860-1900 et deux groupes d'artistes se rejoignent pour fonder un mouvement qui serait la promotion de l'art pour l'art. Sous-entendus, l'art n'a pas besoin d'être utile pour exister, et contrecarrer l'industrialisation forcenée et pas forcément magnifique. Et réinventer dans le même temps les canon de beautés de l'époque (voir les modèles de Rossetti par exemple ; regardez une réédition de Austen chez 10/18 c'est assurément l'une de ses peintures dessus), et développer ça jusque dans l'ameublement (tentures, tapisseries, armoires, vaisselles). Les deux groupes sont ceux des Préraphaélites avec Dante Gabriel Rossetti à leur tête justement et le groupe de Holland Park avec Frederic Leighton et George Frederic Watts.
L'exposition expose donc (c'est bien le comble) un assortiment de témoignages de l'époque ; peintures, tapisseries, vêtements, reliures, sculpture, vaisselles, mobiliser, même le portail d'une terrasse (!). Dont un magnifique tableau de John William Waterhouse, Sainte Cecile dont vous avez un détails ci-contre.
Et de dire que la photographie ne rend absolument pas hommage à la richesse, la finesse, la beauté du tableau est carrément en dessous de la réalité. Bien sûr les photographies sont interdites dans l'expo pour que les gens achètent le catalogue de l'expo (ok et aussi les flash ça abime, mais j'ai jamais compris pourquoi). Mais vu que je suis une rebelle et que j'ai été deux fois, j'ai pris des photo de différents trucs. Par contre, la seule qui m'intéressait vraiment, le tableau de Sainte Cécile n'est pas net ! Seuls les gros plans réalisé (comme la déjà dite photographie) sont beaux.
« Humanity takes itself too seriously. It is the world's original sin. If the cave-man had known how to laugh, History would have been different. »
L'exposition se trouve donc dans une enfilade de salle du musée d'Orsay. Toute la scénographie organisée est magnifique. Les murs sont peints en vert tendre, quelques uns en violet, une moquette verte au sol et au mur, un peu partout, des citations d'Oscar Wilde viennent rythmer le tout.
La lumière est tamisée des spots discrets viennent illuminer les œuvres sans ostentation.

La première œuvre monumentale qui m'a cloué sur place est une tapisserie d'Edward Burne Jones réalisé par la firme Morris. Une adoration des mages dont le peintre a réalisé le dessin des personnages et Morris et un de ces assistant ce sont chargés du fond. La pièce présentée a été réalisée en 1904 pour la maison de Guillaume Mallet en France (vous pouvez écouter un extrait de l'audio guide sur la tapisserie là).
On peut donc ensuite découvrir des tableaux magnifiques des chefs de file de l'Aesthetic movement, mais aussi des gravures réalisées par ces mêmes artistes pour des ouvrages de l'époque (notamment une édition de Marché Gobelin de Christina Rossetti illustré par son frère justement), des photographies (mais là je ne saurais dire s'il s'agit d'épreuves, ou de daguerréotypes), des meubles décorés par les peintres pour leur intérieurs par exemple, mais aussi un système de projection permettant de découvrir la reconstitution de l'intérieur d'une demeure entièrement décorée dans l'esprit et dont certains objets sont visibles dans l'exposition.
Après une enfilade de quatre ou cinq salles on découvre un espace plus ouvert où sont présentées les quelques rares vêtements étant parvenus jusqu'à nous. Dont un costume d'homme ressemblant fortement à celui que portait Oscar Wilde lors de sa tournée de conférences aux États-Unis (vous savez, les photographies où il fait le joli cœur habillé tout en marron et chaussettes blanches, très glamour). Il y aussi des robes de femmes, et on se rend compte le bazar que ça devait être à porter, surtout avec ces traines un peu longues et encombrantes (aucune chance d'échapper à un vampire au cent mètres par exemple).
On peut aussi découvrir des bijoux (dont des reproductions sont vendes à la sortie bien sûr), et enfin les exemples des tapisseries, les meubles plus massifs, les faïences japonisante bleues et blanches très en vogue à l'époque. Sont présentés d'ailleurs presque côtes à côtés un meuble massif et son croquis originel le présentant dans la pièce où il était destiné à trôner.
« Les questions ne sont jamais indiscrètes. Les réponses le sont parfois. »

Encore une autre pièce (l'une des dernières) dans laquelle sont présentées des œuvres de plus petites importance, en qualité de taille, un assortiments de gravures illustrant une représentation du Lysistrata d'Aristophane. C'est pour le moins... surprenant au premier abord. Mais aussi plusieurs ouvrages dont un exemplaire des œuvres de contes d'Oscar Wilde avec une couverture qui a été entièrement brodée à la main. Mais aussi, et c'est le plus surprenant une photographie des fameuses prises d'Oscar Wilde lors de sa tournée aux États-Unis. L'exposition s'achève sur une statue massive et quelques illustrations qui
viendront orner les réédition poche actuelles du Salomé d'Oscar Wilde.Ce n'est pas très long diront d'aucun, même qu'est-ce que c'est fort ! Tous les tableaux sont magnifiques (j'avoue, que je n'aime pas spécialement énormément le travail de Rossetti, préférant la "finesse" de Waterhouse), mais voir tous ces témoignages d'une époque si riche au même endroit c'est émouvant les petits cornichons.
Les citations de Wilde sont un parfait fil conducteur et il me tarde d'y retourner ! Deux visites n'ont pas suffit, et ne suffiront jamais. Note à moi-même, aller au Victoria and Albert Museum de Londres avant la fin du monde (regardez cette photo ; ils ont reconstitué le salon dans le musée ; nom de bleu il FAUT que j'y aille !).
Si vous êtes à Paris, allez-y ; si vous devez aller à Paris avant la fin de l'exposition (le 15 janvier), allez-y. Pour plus d'info, allez sur le site du musée.
Ai-je besoin de préciser que toutes les citations de cet article (y compris son tire) sont d'Oscar Wilde ?
« Morality is simply the attitude we adopt towards people whom we personally dislike. »






Mais, c'est vrai l'exposition est merveilleuse, heureusement que j'y retourne avec Méli mercredi o/