Kerfol et autres histoires de fantômes, Edith Wharton.
Publiés de 1910 à 1935.
Prêté par M.
Publiés de 1910 à 1935.
Prêté par M.
Résumé : Les fantômes whartoniens se glissent dans ces interstices de silence oppressant, minéral ou granitique, dans « ce trou, béant, surgi soudain dans notre expérience ». Ils n’effraient plus, comme les fantômes anciens, par leurs apparitions spectaculaires et leur attirail gothique, mais par leur passage secret et discret, le frôlement furtif de leur « immense absence » et de leur palpable présence, en bas de l’escalier, derrière la porte de la bibliothèque, ou bien à l’autre bout de la table – si près qu’on pourrait presque les toucher.L'auteure : Edith Wharton (1862-1937) est une romancière américaine. Née dans une famille aisée, elle voyagera en Europe pendant son enfance avant d'être atteinte de la typhoïde et de passer près de la mort. Elle garde de sa convalescence une souvenir horrifié et dira souffrir de peur chronique longtemps après. En cause un recueil d'histoires pour enfants qu'elle aurait lu à cette période et qui aurait influencé son imagination.
Mon avis : J'aime les histoires surannées de fantômes, de vieilles demeures pleins de courants d'air et d'épouvantes légères, aussi voulais-je lire ce petit recueil paru il y a peu et j'en ai eu l'occasion quand M., une élève de ma classe, me l'a prêté après l'avoir lu, et aimé. Et si ce n'est pas un coup de coeur, c'est une très agréable découverte et nul doute que je vais me procurer d'autres livres de la dame.
Kerfol et autres histoires de fantômes regroupe cinq nouvelles tournant peu ou prou autour du même sujet et avec le même cadre (sauf peut-être Ensorcelé) et publiées dans différents journaux entre 1910 et 1935. Edith Wharton y fait montre d'une maîtrise de l'écriture très agréable et d'une finesse dans ses propos encore plus appréciables. On retrouvera le dandysme d'Oscar Wilde dans Les yeux, l'épouvante glacé d'une jeune trépassée qui rappelle Véra de Villiers de L'Isle-Adam, et toute une ambiance britannique toujours aussi enchanteresse (même si l'auteure est américaine et que des nouvelles se déroule sur le continent). J'ai souvent pensé à Rebecca pendant ma lecture, surtout parce que depuis que je l'ai lu, chaque château ou demeure vénérable me fait penser à Manderley (ou tout du moins l'image que j'en ai).
Ce ne sont pas à proprement parler des histoires qui font peur, mais bien des histoires de fantômes. On raconte les manifestations ou non dudit fantômes et on s'attache plus aux personnages vivants ; on n'a pas de réponses claires à nos questions et seules Après coup me semble vraiment effrayante et bien fantastique. Le ressort de l'intrigue est vraiment ingénieux et me serait familier dans un ouvrage plus tardif ; s'il est vrai que les autres nouvelles comportent leur lots de fantômes, Le miroir joue plus sur l'aspect moral d'une masseuse qui se fait passer pour une médium afin de soulager une de ses clientes et qui viendra en possession d'une lettre d'une manière ... disons plus métaphorique autour du fantôme que réellement fantastique.
Kerfol, la nouvelle éponyme du recueil, est qui se déroule en France, ne m'a pas trop plu. Les manifestations des fantômes ne sont pas de celles auxquelles je suis attachée, et puis l'écriture d'Edith Wharton ne m'a pas semblé développer son meilleur aspect ; c'est écrit de plaisante façon et on suit l'histoire sans problème, mais ça n'a rien de particulièrement brillant. Par contre, Les yeux, de part son écriture et son personnage centrale m'a plus plu et est celle qui m'a donné envie de lire tout l'ouvrage. Culwin, le personnage principal, est un vieux dandy un peu cruel qui nous raconte l'expérience qu'il a fait dans jeunesse de "fantômes", et si le fantastique n'est pas ce qui m'a le plus intéressé, ces manifestations sont un jolis retour de battons pour Culwin ...
Ensorcelé baigne dans une ambiance glacé qui me plaît plus, et j'ai beaucoup aimé la lire. Elle a vraiment un petit côté dérangeant, un peu comme Après coup dont l'ambiance m'a fait un peu penser à Rosered de Stephen King (je ne l'ai pas lu, mais j'ai vu la très longue adaptation cinématographique qui en a été faite et fou les j'tons).
En deux mots : Je ne sais pas si ce que je dis sur ce petit ouvrage est pertinent ou intéressant (il me semble que je n'ai pas été très claire), mais j'ai apprécié ma lecture. L'écriture d'Edith Wharton est vraiment jolie et maîtrisée ; et ces contes aux accents gothiques et fantastiques sont très agréables à lire. A la fin de l'ouvrage on trouve une lettre de l'auteure à André Gide et j'ai trouvé particulièrement fascinant qu'elle discute avec lui comme avec un vieil ami d'Henry James, de Proust et autres. Quelle époque fascinante quand même :D
Traduits de l'anglais par Jean-Pierre Naugrette.





