Mon avis : Je suis plutôt surprise par certaines réactions à ce livre. Comme après chaque lecture et rédaction d'un petit avis sur papier j'ai été voir ce que « les gens » pouvaient en penser. Et je tombe sur un excité qui dit que l'auteur de ce livre est méprisant. Et là je me dis, hum coco on a lu le même livre ou pas ? Sous prétexte qu'Emmanuel Delhomme entend défendre son commerce, sa passion, les livres par rapport aux écrans il serait un vieux con qui radote ? Et l'auteur de cet avis de dire que c'est pas si grave d'être accroché à son portable et ce genre de fadaises. Oui c'est sûr, ce livre n'était pas pour lui. Car comment comprendre le feu qui anime l'auteur si on ne partage pas son amour des livres, de la lenteur, de la lecture solitaire et du plaisir de faire découvrir un texte qu'on a aimé ?Dans ce livre je n'ai trouvé nul mépris, nulle colère injustifiée. Et même pour une fois j'ai été ravie de lire un libraire qui ne défend pas que ces sacro-saints classiques. Il enjoint les professeurs à diversifier les lectures imposées, un polar, un petit roman SF et un roman contemporain. De ne pas matraquer nos petites têtes brunes/rousses/noires/blondes avec des livres sous prétexte qu'ils sont ce qu'il faut lire. Enfin quelqu'un de censé. L'auteur du commentaire suscité, incitait Emmanuel Delhomme à lire Pennac et comprendre que tout le monde n'est pas obligé de lire. Je suis d'accord, tout le monde n'est pas obligé de lire, mais ce n'est pas ce que dit le libraire. Il déplore juste que ceux qui auraient pu lire, les lecteurs en gestation, les lecteurs-nés de Wharton n'ait plus l'impulsion d'ouvrir un livre et se réfugient à la lumière de leur téléphone ou de leurs ordinateur qui fait micro-onde, friteuse et donne la météo du Gabon.
Sorti cette année, j'étais curieuse de lire cet ouvrage, mais ne le trouvant pas tout de suite en librairie, je me suis dit... bon et bien il arrivera bien un jour à se trouver sur ma route. Et ce matin dans la librairie de la gare il m'est sauté dans les mains alors que je réglais pour deux autres volumes (L'année du jardinier, L'écrivain et l'autre). Et l'écriture de ce libraire est jolie. Non dire qu'elle est jolie n'est pas la réduire. Elle est jolie, douce. Son amour pour les livres et les lecteurs transparaît, ses indignations sont teintées de cet amour.
J'ai trouvé plusieurs réflexions justes, des sujets d'inquiétude commun, et toujours cet amour des livres et cette désillusion, cet agacement devant le mépris qu'on peut montrer pour les livres et ceux qui voudraient les voir disparaître. Ses emportements contre les téléphones, le stress, la rapidité de la vie toujours croissante, je les partage. Sa peur du livre numérique qui dématérialise tout et tend à vouloir gommer toute différence entre le dernier Barbara Cartland et L'année du jardinier tiens (c'est de Karel Capek, c'est tchèque, c'est choux, lisez-le). Sa colère contre les films ne m'a pas heurté (colère c'est d'ailleurs beaucoup dire, il fustige à un moment le prix du DVD moins cher que le bouquin et ceux qui se pressent au cinéma plutôt que de prendre cinq minutes pour feuilleter un roman qui les tenterait), j'aime en regarder, mais je sais que quand je préfère un film à un livre comme distraction c'est que je n'ai pas envie de faire d'effort, que je veux que tout se passe devant moi et que je puisse somnoler à ma guise. Ce n'est pas non plus tout le temps ça, je sais que des films comptent autant pour moi que des livres (Neverland, Miss Austen regrets, Million Dollar baby, La gloire de mon père, A.I. Intelligence artificielle), il faut juste ne pas... je ne sais pas comment dire, rester scotcher à son écran au détriment d'une histoire drôle, fine et prenante qui nous ferait voyager dans une mer de papier.
C'est un court opuscule qui met en garde contre le livre qui pourrait sombrer ; ce n'est ni alarmiste, ni extravagant. C'est nécessaire et juste. Le libraire n'est pas auteur, certes sa plume est plus agréable que bon nombres de plumitifs vaseux que j'ai pu lire, mais il se répète parfois, revient sur ses pas sans que cela soit utile. Ce n'est cependant que le seul défaut de cet ouvrage. Ah si l'autre défaut est la préface de l'éditeur. Un couard comme j'en ai rarement vu ; il se monte le potiron en se félicitant de publier un texte engagé (qu'il n'a même pas censuré ; louez soit lui) mais en même temps demande au lecteur de ne pas trop faire attention à la colère de son auteur...

En deux mots : Une lecture agréable ; Emmanuel Delhomme parle joliement de sa passion et met en garde contre ce qui pourrait tendre à faire disparaître le livre. C'est court, c'est intéressant, qui veut que je le fasse voyager ?
Extrait : « Souvent l'on me demande pourquoi nous traversons une crise pareille. Pourquoi la lecture n'est plus besoin, un refuge, une nécessité absolue ? Comment en sommes-nous arrivés là ?
Mes clients me proposent toujours la même piste. Internet ?
C'est une piste sérieuse mais pourtant pour moi ce n'est pas la réponse à cette question.
L'absence de curiosité découle plus souvent de l'absence de désir. On va tous au même endroit au même moment, ça rassure. Avoir à défendre seul sa différence est devenue aujourd'hui trop difficile à assumer.
Enfermée dans des schémas types, la société distille son ennui, et surtout comble tous les silences par la multiplication des écrans. »





