Résumé : "Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. Il était couché sur le dos, dur comme une carapace et, lorsqu'il levait un peu la tête, il découvrait un ventre brun, bombé, partagé par des indurations en forme d'arc, sur lequel la couverture avait de la peine à tenir et semblait à tout moment près de glisser. Ses nombreuses pattes pitoyablement minces quand on les comparait à l'ensemble de sa taille, papillotaient maladroitement devant ses yeux."Mon avis : Je n'avais jamais étudié La métamorphose à l'école, sauf peut-être un court passage dont je ne garde aucun souvenir, aussi était-ce une totale découverte. Je ne m'attendais à rien de particulier en commençant cette lecture, mais seulement à enfin connaître l'histoire de cet homme qui à son réveil est changé en cancrelat. Et j'ai été totalement bluffée. Non seulement j'ai adoré La métamorphose, mais maintenant envie de découvrir tout un tas d'autres textes de Kafka (comme Le terrier, que j'ai repéré en passant à la librairie avant de rentrer ou encore Le procès).
Ce qui m'a tout d'abord séduite c'est l'écriture de Kafka et la façon dont il a de raconter la transformation de Gregor Samsa. Ce dernier se réveille effectivement changé en insecte, mais nous n'avons pas droit à de stériles supplications sur la raison de son état. Tout semble normal ... Gregor est conscient du changement, mais on a l'impression qu'il le prend plus comme une maladie, une fatalité connue et envisagée, que comme une transformation extraordinaire. Tout ce qu'il veut d'ailleurs faire en se réveillant, et après avoir observé sa transformation, c'est se lever pour prendre le train et aller au travail. Son corps d'insecte ne sera pas source d'étonnement et de peur, mais il joue plutôt à l'apprivoiser afin de se lever et de se préparer. Il aurait été parfaitement assommant de nous raconter la panique du bonhomme transformé en insecte ; Kafka est beaucoup plus malin que cela est nous fait découvrir une histoire formidable et très intelligente. Il pose sa métaphore-métamorphose comme acquise et déroule ensuite le fil de son histoire avec talent.
Ensuite vient la façon dont il décrit les évènements, dont il orchestre les choses. Tout m'a semblé très théâtrale, mais pas dans le sens factice et peu crédible, plutôt dans le sens d'une histoire absurde, avec des réactions grandiloquentes et amplifiées (encore une fois ce n'est pas une critique). La première scène du genre arrive le matin après son réveil ; sa chambre a trois portes, et derrière chacune de ces portes, un membre de sa famille qui l'appelle pour le réveiller (sa soeur, son père et sa mère). On les imagine chacune derrière sa porte, faisant sa harangue et Gregor en insecte à l'intérieur tentant de parler et de se mettre debout en agitant ses petites papattes. C'est une ambiance particulière, différente, passionnante, que j'ai adoré retrouver tout le temps dans le récit (je ne sais pas si c'est trop clair ce que je veux dire ?).
On n'a pas non plus de mal à imaginer le gros insecte ; et même à en éprouver des frissons. Je n'aime pas trop ces petits habitants, du coup j'étais un peu écoeurée en lisant, mais je pense que c'était voulu par Kafka ; que décrire les plaies, le corps et tout le reste, était présent afin de nous plonger dans une ambiance particulière, angoissante. Un peu comme Lovecraft en fait (je sais, vous allez vous dire que j'ai trop bu si j'en viens à comparer Kafka et Lovecraft, mais je vous assure que je vois une ressemblance entre les deux).
Je ne sais vraiment pas expliquer ce qui m'a plu dans ce livre ; quand je le lisais je me disais, en voilà un chef-d'oeuvre. Il ressort comme impression de ce texte que tout y est maîtrisé, que l'auteur nous offre une fable, une histoire absurde, une métaphore de la maladie peut-être aussi, mais surtout un texte excellemment bien écrit, intelligent, drôle, effrayant aussi. Un texte qui m'a captivé, qui m'a fait tomber amoureuse d'un écrivain et qui m'a tenu en haleine tout du long (je n'aurais qu'une mini critique à faire, c'est que la fin, enfin pas l'épilogue, mais la fin d'un certain personnage aurait pu être plus spectaculaire peut-être - ou pas en fait, cela va avec le reste du texte à vrai dire ...). J'ai aussi été triste pour Gregor : il était le centre de sa famille, celui qui rapportait l'argent pour vivre (et les autres ne faisait donc rien, les pauvres), et parle avec simplicité du bonheur de rester à table après diner pour discuter. On sait que ce n'est pas de sa faute, qu'il souffre autant que ses parents, qu'il perd peu à peu son identité, sa mémoire. Qu'il retombe presque en enfance plus il apprend à se servir de son nouveau corps (il s'amuse à grimper aux murs, etc). J'ai aimé Gregor quand il se sentait seul, triste, qu'il voulait parler à sa soeur, qu'il parlait des espérances d'avenir qu'il avait pour elle. J'ai eu mal pour lui quand le père lui lance des pommes et que l'une d'elle vient se ficher dans carapace et que personne ne pense à l'enlever, alors elle pourrit là sur place.
Le seul truc qui m'a agacé pendant ma lecture a été la débilité caractéristique des notes du préfacier (je précise que mon édition n'est pas celle en photo, mais celle avec la couverture orange hideuse). Quand on me parle de désir sexuel refoulé parce que Gregor a accroché une gravure de femme dans sa chambre je suis tout de suite un poil septique ; et encore plus quand une réflexion anodine entraîne de grandes envolées sur la portée freudienne du truc. J'ai eu l'impression d'être prise pour une idiote avec ces notes ; les évidences sont relevés, des remarques idiotes et bas de
gammes sont faites, des explications qui n'en sont pas vraiment nous polluent la page. Ok on sait lire, on n'a pas besoin de sous-titres !En deux mots : La métamorphose est un texte étrange ; angoissant, triste, mais très intelligent, très bien mené par Kafka. C'est une écriture aussi, qui peut paraître simple, mais qui n'en sert mieux que le récit et que j'ai trouvé admirablement maîtrisée. Kafka est donc un auteur que je viens de découvrir avec un texte qui m'a chamboulé et abasourdie tellement c'est bien fait, et que j'ai très envie de continuer à connaître au travers de ses autres livres.
Ce qu'en pensent Grazyel et MeL.
Traduit de l'allemand par Claude David.






