http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/1027310.jpgJournal de Anne Frank.

Écrit du 14 Juin 1942 au 1er août 1944.
Publié pour la première fois en 1947.


Résumé : Ce journal est celui de Anne Frank, tenu pendant les deux ans qu'elle passa dans un cachette appelé l'Annexe, avec sa famille et une autre, afin d'échapper à la déportation.

L'auteur : Annelies Marie Frank (1929-1945) est un adolescente allemande juive, qui quitta son pays en 1933 avec sa famille afin d'échapper aux persécutions nazis montant en puissance sous la coupe d'Adolf Hitler. Elle écrivit son journal en néerlandais étant donné qu'elle grandit avec cette langue et ce pays et qu'elle voulait le considérer sien, se sachant apatride. Son journal a été publié par son père à son retour de camp de concentration. Bien qu'attaqué à plusieurs reprises par des négationnistes, jurant leurs grands dieux qu'Anne Frank n'avait pas existé et que le journal avait été écrit pas son prétendu père, la justice leur donna tort à chaque fois ; le journal a d'ailleurs été expertisé par nombreux organismes qui tous garantissent de son authenticité. Le journal de Anne Frank a été ajouté le 30 juillet 2009 au Registre de la Mémoire du Monde de l'UNESCO.

Mon avis : Je m'attendais au journal bien gentillet d'une juive ayant du se cacher. Je m'attendais à des lamentations sans fin, un truc larmoyant du début à la fin. Mais je ne m'attendais pas à trouver un être humain derrière ses pages. Elle écrit comme elle pourrait parler (mais toutefois avec un style très "élaboré"), elle nous raconte sans se plaindre ce qu'est sa vie dans l'Annexe, elle n'est pas une gentille fille qui aime ses parents sans condition, elle se « rebelle », elle vit, elle plaisante. C'est cela qui m'a marqué.
On lit un journal que l'auteur n'aurait sans doute pas voulu qu'on lise. C'est un peu le but d'un journal intime en même temps. Même si je crois comprendre pourquoi son père l'a fait publier, je n'approuve pas. Bien sûr elle envisageait de faire un témoignage après la guerre mais aurait-elle voulu que tout un chacun puisse lire la moindre de ses pensées, ses révoltes, ses élans ? En lisant on se dit qu'elle aurait sans doute coupé les passages sur sa mère, et caetera ...
Quand je lisais j'avais beaucoup de mal à me dire que je lisais un véritable journal intime, que ce que je lisais là c'était quelqu'un de vivant qui me racontait sa vie. Et comme la plupart savent comment se termine le livre (je n'en dirais pas plus pour ceux qui l'ignore encore), les réflexions sur sa vie future sont d'autant plus révoltantes, du fait qu'on sait bien ce qu'il en sera à la fin.
Comme la vie dans l'Annexe est « lente », je me suis sentis prise par la même langueur que Anne, a imaginer les repas toujours pareils, les journées qui se ressemblent, même les bombardement n'ont pas réussi à me réveiller. Je ne vais pas juger le style ce serait du plus bel idiotisme, mais ce que j'ai ressenti en lisant c'est la plume d'un écrivain en devenir. Ma déité suprême c'est la littérature, et quand je vois qu'en plus de massacrer des milliers d'innocents (ce qui est déjà le summum de l'horreur), on massacre des écrivains cela me tue. Ne me prenez pas pour une brute sans coeur, même si elle n'avait pas été un écrivain j'aurais été "émue" en lisant son journal, mais en ajoutant le fait qu'elle aurait pu écrire ça m'achève.
Je n'ai pas pu lire son journal aussi rapidement que d'autres livres, premièrement parce que j'étais mal à l'aise de rentrer dans sa tête et de lire ce qu'elle n'aurait sans doute pas voulu publier (je me sentais comme un voyeur); et parce qu'en définitif il ne se passe pas grand chose de véritablement accrocheur. Je sens que je vais me faire huer mais tant pis.
Elle parle des camps de concentrations, ils savent que ça existe. Je vous explique j'ai toujours cru que la raison pour laquelle on avait pu exterminer si « facilement » des milliers de personnes c'était qu'on ignorait l'existence des camps, alors que je me rend compte que pas du tout. Maintenant je suis encore plus «étonnée » par cela.
Je ne parvenais plus à lire ce que Anne écrivait à la fin, je voyais l'épilogue se profiler, putain je savais comment ça allait se terminer et je voyais Anne qui me parlait de son Peter, de fraises, de petits-pois.

Je ne pense toujours pas qu'il aurait dû être publié. On a argué qu'elle avait arrangé son texte, élagué certaines parties, qu'elle envisageait de publier un livre sur leur "captivité" (elle en parle elle-même dans son journal d'ailleurs, mais elle annonce bien que son journal ne sera que sa "documentation"), que Mr Frank avait lui aussi ôté certains passages sur son épouse, leurs relations et que ces passages ont été inclus dans les éditions d'après 2001. Mon livre ayant été publié en 1964 (je l'avais choisi pour ça) je n'ai pas ces bouts manquant et je n'irais pas lire de nouvelles versions. Je me sens déjà assez voyeuse pour ne pas en rajouter une couche.
J'ai toujours « aimé » lire des livres sur cette période, j'étais fascinée sans savoir pourquoi pas les récits de déportée (curiosité malsaine voilà tout) c'est ainsi que Si c'est un homme m'avait retourné, Une journée d'Ivan Denissovitch pareillement (même s'il ne s'agit pas exactement de la même chose). Mais les auteurs avaient choisi de nous raconter, ils avaient écrit ce qu'il voulait qu'on lise et n'avait pas fais lire à des millions de gens leurs pensées les plus intimes et les moins avouables. Je comprends tout ce que ce Journal représente, tout ce qu'il a permis de faire. Je comprends, cela ne signifie pas non plus que j'approuve sa publication. Je sais bien que cela peut paraître idiot mais voilà mon avis.
Si son père s'était basé sur son journal, ou même sans, pour écrire un récit sur leur enferment dans l'Annexe je n'aurais pas poussé mes cris d'indignations. Mais là on nous livre un journal intime ? Cela veut-il encore dire quelque chose l'intimité ? Cela l'a gêné de voir ce que sa fille disait sur son épouse, il a donc supprimé ces lettres mais a laissé celles qui décrivaient en mal l'autre famille ? Parce que c'est un symbole de la Shoah on lui interdit toute vie privé ? A force de l'élever en icône de courage et d'intelligence on oublie qu'un jour elle a vécu.

En deux mots : On ne peut pas résumer en deux mots cette lecture éprouvante.


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