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Peut-être avez-vous déjà entendu parler du magasine Books. Tous les deux mois en kiosque, il entend nous parler du monde par ses livres. Et tous ses livres, tous ceux qui ne seront jamais traduit en français et que vous n'aurez pas la chance de lire si vous ne parlez pas vingt-quatre ou vingt-sept langues couramment. Il propose aussi à chaque numéro des dossiers thématiques en utilisant des articles journaux étrangers jamais traduits non plus et qui permettent de découvrir comment on parle de la France dans d'autres pays, ou tout simplement d'un sujet en particulier afin d'entendre un autre son de cloche.
Rien que pour ça, et parce que Daniel Pennac a une rubrique dedans et qu'il adule le magasine, vous devriez déjà être abonné. Mais en plus j'ai découvert ce midi en allant chercher la version longue d'une interview proposé dans le magasine, qu'il avait créé sa maison d'édition le 2 avril. Je vous mets déjà sa présentation :

« Depuis trois ans, la rédaction de Books effectue un travail de veille approfondi sur les nouvelles parutions dans le monde entier. Notre premier catalogue reflète ce savoir-faire. Nos choix se sont portés sur des ouvrages de fiction qui mettent en scène des personnages contemporains aux histoires passionnantes. Toujours très attentifs au style de l’écriture, nous avons recherché des auteurs qui savent raconter des histoires, mais aussi leur donner une portée universelle, éclairant la richesse et la complexité du monde actuel.
Le succès du magazine Books témoigne de la curiosité du lectorat français pour ce qui s’écrit ailleurs. Notre équipe a été enthousiasmée par les cinq titres qu’elle a sélectionnés : nous sommes certains qu’un large public – notre public – appréciera nos choix. »

Je suis aux anges, il y a cinq livres au catalogue pour le moment dont deux déjà publiés si je ne m'abuse et c'est mirifique. Des la littérature éclectique, islandaise, japonaise, arabe ou encore italienne. Et particulièrement un titre d'un auteur islandais que je vais me procurer vite fait : Entre les arbres de Gyrðir Elíasson.
Je me suis rendue compte en lisant la quatrième de couverture que j'avais pu découvrir http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/BOOKS2.jpgune des nouvelles de ce recueil dans un bouquin lu l'année dernière et dont je vous avais parlé : Nouvelles d'Islande chez Magellan et cie. Alors franchement je suis hyper impatiente de lire tous le reste :
 
« Si vous vous demandiez ce qu'il était advenu d'August Strindberg après sa mort, vous trouverez la réponse dans l’une des 47 très courtes nouvelles qui composent le recueil Entre les arbres. On y croise Strindberg assis, seul, devant une bière à la cafétéria d'un Ikea de la banlieue de Reykjavik, au milieu des badauds venus là s'empiffrer de boulettes de viande suédoise et de confiture aux airelles. Le titre de la nouvelle ? Inferno, bien sûr ! Puisque Strindberg avait craint l'enfer plus que toute autre chose. Plus loin, deux frères enterrent leur croque-mort de père parmi les pommes de terre de son jardin et un musicien découvre, dans son débarras, une curieuse pierre tombale, vierge de toute inscription. Entre mélancolie et humour, Gyrðir Elíasson explore, au fil des nouvelles de ce recueil, la poreuse frontière qui sépare le réel de l’étrange et de l’inexpliqué. »
 

Alors si vous voulez lire de bons et nouveaux bouquins filez chez vos libraires et sur le site de la toute jeune maison d'édition.

Rangé dans De la littérature & du jaspinage le 10 avril 2012

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Oyez oyez.
Côté Face, l'excellent roman d'Anne Denier se voit de nouveau imprimé et cette fois avec une nouvelle illustration de couverture réalisé par la talentueuse Miesis.
Vous pouvez d'ores et déjà, et jusqu'au dimanche quatre mars, pré-commander cet ouvrage ! En vous rendant sur la page Facebook du bouquin où tout est expliqué, en envoyant un message privé à l'auteure sur Facebook ou en passant directement par le site consacré au livre.
Attention, le nombre d'exemplaires est limité, alors dépêchez-vous. Les exemplaires commandés seront dédicacés à la demande (Anne fait de très jolies illustrations !).

Vous pouvez vous rendre sur le site de l'auteure pour lire les 100 premières pages du roman,
Vous pouvez également, pour ceux qui ont déjà lu Côté Facepré-commander la suite, Noces de lunes,
 Lire l'interview de l'auteure chez Acsylée,
 Lire l'article spécial consacré à l'auteure chez Meli,
 Lire mon billet de lecture sur le bouquin, mais aussi celui de Méloë, Nienör, Meli, Marion, ou l'un des trente autres billets publiés sur le sujet.

Moi en tout cas, j'ai déjà pré-commandé le volume de nouveau tirage et la suite !

Rangé dans De la littérature & du jaspinage le 27 février 2012

Je vous parlais il y a peu de temps de la mutilation qu'avait subi Tom Sawyer aux Etats-Unis, et c'est dans un article du Nouvel Obs' présent sur internet dans sa section littérature que je retrouve du matériel à jaspiner.
Il est question d'une nouvelle traduction du Gatsby le magnifique de Fitzgerald. Je précise que je ne l'ai pas encore lu. Bref il est question d'une nouvelle traduction. Jusque là tout va bien. C'est bien de retraduire, d'essayer de mieux coller au texte et de combler les charcutages possibles (comme on a pu le faire avec Fondation d'Asimov, qui est seulement disponible intégralement depuis peu) et comme on devrait le faire avec Harry http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/cugat1.jpgPotter, qui, j'ai découvert à ma grande surprise, a parfois été changé par le traducteur (je suis déçue à un point). Sauf que le titre a changé, en anglais The great Gasby, maintenant chez Garnier-Flammarion Gatsby tout court. Et le bas blesse quand la traductrice justifie son acte :

" Pour la romancière, Fitzgerald lui-même était mécontent du titre, auquel il imputait l’insuccès commercial du livre. « A la fin, il disait seulement “Gatsby”. J’ai donc été, de mon point de vue, fidèle à Fitzgerald. Ça va aussi dans le sens d’une certaine efficacité, et on est frappé aujourd’hui de voir, quand on le lit en version originale, à quel point le livre est vivant, moderne, proche. » "

C'est Fitzegerald qui n'aimait pas son titre. C'est lui qui a décidé de ne pas le changer a priori. Le traducteur n'est pas un réécriteur (néologisme), c'est un passeur. Il doit transmettre le texte de l'auteur avec le vocabulaire le plus adapté à la façon dont l'auteur l'a choisi. Il ne doit pas se dire que sous prétexte que l'auteur n'aimait pas son titre, il a la latitude de le changer. Le traducteur n'est pas écrivain. Il n'a pas le droit de modifier le texte en fonction de ce qu'il pense être le mieux.
Puis ensuite :

« La version Liona datait de 1945, celle de Tournier, de 1976. Même cette dernière avait vieilli. Bizarrement, le français de Tournier n’est plus exactement le nôtre, alors que l’anglais de Fitzgerald n’a pas bougé. Quand Gatsby meurt, Fitzgerald écrit “Son of a bitch” en guise d’épitaphe. Dans la version Tournier, ça donne: “Pauvre bougre”. Ce n’est pas ça. Moi, j’ai mis “enfoiré”, parce que c’est ce qu’on dirait aujourd’hui. Au risque d’apparaître vieillot à mon tour, dans vingt ans. »

Qu'une traduction vieillisse c'est normal. C'est parce que le texte d'origine était ancré dans son époque qu'il "vieillit" (on va dire en général) et que forcément quelques décennies plus tard on ne parle plus exactement de la même façon. C'est normal. Lire un texte du 19ème c'est comme une plongée dans un monde nouveau, avec ses codes, son vocabulaire, ses tournures. C'est vieillot certes, ce n'est pas "moderne". Même lire Henry Miller aujourd'hui fait vieillot. Mais c'est la vie. La traduction n'a pas a évolué au fil du langage. La traduction doit retranscrire au plus près la langue de l'auteure telle qu'elle se disait à son époque et non pas choisir celle qui parlera le mieux au lecteur contemporain.
La traduction de Tournier était mauvaise pour ce "Son of bitch" on est bien d'accord. Mais justifier sa retraduction par le fait que ça a vieillit est faux. On change sa traduction parce qu'elle n'était pas adaptée au texte d'origine. Pas parce qu'on ne dit plus pauvre bougre de nos jours. On ne pourrait même pas dire qu'il faudrait mettre "fils de pute" qui serait la traduction littérale aujourd'hui, il faudrait lire le texte et comparer rétrospectivement avec tout le vocabulaire utilisé. L'époque, l'auteure. Le traducteur doit transposer au mieux, parce qu'on ne peut jamais rendre parfaitement la voix d'un auteur/texte, on doit s'efforcer de rendre la voix du texte avec les outils que l'on a, au mieux, au plus près, au plus juste. Et non pas se cacher derrière de fausses explications.


Les lecteurs font intrinsèquement confiance au traducteur. C'est grâce à lui qu'il peut découvrir des textes coréen, russe, italien, anglais ou allemand. Il ne peut pas vérifier si dans le texte en cyrillique on dit bien la même chose ou si on a coupé des passages. Alors il fait confiance. Et quand un traducteur se permet l'odieuse liberté de mettre le texte à sa sauce je suis écœurée.

Ajout : 100choses m'a fait une remarque très pertinente et je vais la citer pour compléter mon billet : "Cela dit, après avoir discuté avec les différents protagonistes, tout n'est pas à mettre sur le dos du traducteur. L'éditeur a aussi une grosse responsabilité sur les modifications apportées, en imposant par exemple un nombre de pages pour la VF, avant même que le traducteur n'ait reçu le texte (d'où les coupes plus que nombreuses dans certains ouvrages, HP par exemple, puisque tu en parles et puisque j'ai justement eu l'occasion de parler avec éditeur et traducteur), ou en estimant que certains termes ne peuvent figurer dans la version française car ils sont trop complexes (pierre philosophale, par exemple) ou "choquants" (cf l’épisode de friends ou les filles récupèrent leur appart')."


Citations tirées de l'article de Didier Jacob.
Le Nouvel Observateur - 27 janvier 2011.

Gatsby, Francis Scott Fitzgerald traduit de l’anglais par Julie Wolkenstein, POL, 280 p., 16 euros.

Rangé dans De la littérature & du jaspinage le 30 janvier 2011

Cette fois-ci, ce n'est pas de débiles histoires de diffamations dont je veux vous parler, ni de plagiat imaginaire (d'ailleurs les ayants droits ont été débouté lors du procès, et paf dans leur tronche), mais de la connerie puritaniste d'éditeurs américains ... Après que Dix petits nègres d'Agatha Christie (Ten little niggers) eut été traduit par Ten little indians en américain, qu'Harry Potter ait été interdit dans certains bibliothèques et école pour sorcellerie, on publie une nouvelle version mutilée des aventures de Tom Sawyer.

http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/TomSawyer.jpgQu'est-ce qui a été enlevé ? Eh bien c'est simple, tout le monde sait que le mot nègre est une grave insulte, et quand dans un livre de 1876 on le retrouve il faut bien sûr l'enlever. Même si dans le contexte historique cela ne voulait pas du tout dire la même chose. NewSouthBooks va donc publier le mois prochain les aventures de Tom Sawyer et Huckelberry Finn en remplaçant nègre (nigger) et injun par esclave (slave) et indien (indian). Parce que bien sûr esclave est beaucoup plus politiquement correct que nègre et qu'écrire indien empêche de se rendre compte de la façon dont ils étaient traités ... On a sans doute peur que nos chers têtes blondes/rousses/brunes américains deviennent racistes (oh mon dieu !). On ne se dit pas que les professeur qui font étudier ces livres savent parfaitement remettre les choses dans leur contexte, et qu'écrire au pire une préface expliquant les termes seraient suffisant.
Si on commence comme ça, on devrait aussi mutiler les aventures de Sherlock Holmes où le héros se drogue ouvertement et en parle sans aucune honte. Ou encore Roméo et Juliette où les héros se suicident, ou même Le marchand de Venise où Shylock est traité de "juif" tout le temps.

Ahahaha. Quelle belle société dans laquelle nous vivons.

Sinon : « Je suis furieux, dit-il. Il y a là une incompréhension complète de ce qu'est la lecture. Au lieu d'essayer d'apprendre à des élèves quelles étaient les conditions de vie au temps de Twain, on essaie de mettre les textes “à niveau”. Comme si Mark Twain était raciste. Tout montre que c'était le contraire ! » Bernard Hoepffner.


Source : Mark Twain n'a plus de nègre, La république des livres, article du 8 janvier 2011.

Rangé dans De la littérature & du jaspinage le 10 janvier 2011

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