Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Mary Ann Schaffer et Annie Barrows.
Un texte lu par cinq interprètes.
Roman publié en 2008.
Un texte lu par cinq interprètes.
Roman publié en 2008.
Mon avis : Cela vraiment un bon moment que je n'avais pas pris le temps d'écouter un livre audio en entier. Parce que hormis les nouvelles de miss Marple qui peuvent s'écouter en une soirée, un livre un peu volumineux vous prend des heures, et celui-ci n'a pas dérogé à la règle puisqu'il en dure huit. Et mon problème c'est que si je me pose juste pour écouter je m'endors, non que ce soit ennuyeux, mais si je ne m'occupe pas les mains je roupille c'est tout. Du coup pour écouter Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates j'ai pris sur mon temps de métro, fais du rangement et brodé dans le train. Mais j'ai aussi pu rester assez éveillée pour l'écouter dans mon lit, les lumières éteintes en regardant les étoiles à mon plafond. Enfin bref ne faisons pas durer le suspens, j'ai passé des heures d'émerveillement littéraire ! J'ai beau avoir déjà lu deux fois ce livre, l'écouter à nouveau, et le découvrir interprété a été tout simplement fanstabuleux.Déjà un point important dans un livre audio, l'interprétation des lecteurs. Je suis au regret de dire que les voix ne m'ont pas convaincue du tout, du tout. C'est sûr qu'après avoir écouté des lectures de Daniel Pennac, Denis Podalydes, Bernard Pivot ou Guillaume Gallienne, il fallait être à la hauteur et ça n'a pas été le cas ici. J'avais l'impression que d'entendre des voix désincarnés essayer de prendre l'intonation correcte et de se contrefaire d'une façon pas du tout naturelle. Ça m'a fait penser à un petit bouquin de science-fiction que j'avais lu plus jeune où les acteurs sont simplement des corps qui doivent bouger et que toutes leurs émotions sont fabriquées sur ordinateurs puis apposées sur leur corps. Ici c'est exactement ça. Mais bon si vous voulez vous faire une idée, vous pouvez écouter un petit extrait avec la voix de la personne qui lit Juliet sur le site de Audiolib.
Les petites musiques de transitions sont sympathiques, mais pas transcendantes, en fait ce que je retiens de ce livre audio c'est simplement le texte, le texte de Mary Ann Schaffer et Annie Barrows qui est encore plus beau parlé si possible.
Le texte, parlons en du texte ! J'ai tellement de choses à dire dessus que je ne sais pas par où commencer. On pourrait penser qu'après deux billets déjà consacrés à l'histoire j'arriverais à la boucler, mais non, chaque nouvelle découverte de ce titre apporte des choses nouvelles. Pour commencer en écoutant, des passages m'ont accroché l'oreille, pas forcément ceux déjà noté dans mes précédentes lectures, mais d'autres, qui a la leur de je ne sais quoi sont devenus importants et lumineux. Je l'ai ai retrouvé dans mon volume papier et je vous les recopierais en fin de billet. Mais juste cette phrase d'Isola à Juliet : « Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais. » qui peut sembler, sortie de son contexte, jolie, mais pas spécialement transcendante, m'a complétement figée les coco. Oui, lire de très bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais, alors si je ne peux pas gouter ma lecture parce que l'écriture d'un roman est moyenne, c'est la vie alors qu'on arrête de me dire que c'est un problème ! Non mais (et puis cette phrase toujours déjà relevé lors de la relecture : « Nous aurions pu nous aimer en silence éternellement. Cette obsession de la dignité peut ruiner ta vie si tu n'y prends pas garde. »).
Ensuite j'ai été particulièrement sensible aux passages racontant l'occupation et les passages en camps de travail. Je ne sais pas si c'est le fait de les écouter, mais j'ai été plusieurs fois au bord des larmes en redécouvrant certains passages. Pareillement j'ai ricané à moult reprises sans parler de toute simplement rire franchement. Même mal interprété ce texte est superbe ! Il faut que je le lise en anglais maintenant. Et oui, vous n'en avez pas soupé avec Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, il va venir s'inviter à ma table encore longtemps.
L'écriture m'a vraiment ravie. C'est très difficile d'écrire un roman épistolaire j'en suis persuadée. Comment permettre au lecteur de suivre toute l'action selon des de vus variés et pertinents ? Comment une fois que Juliet est à Guernesey nous permettre de savoir ce qu'il se passe puisqu'elle n'envoie plus de courriers à ses amis, vivant à présent avec eux ? Mary Ann Schaffer et Annie Barriows s'en sortent à la perfection ! Les dates, la variété des matériaux (télégrammes, notes, journal d'investifation d'Isola), le ton, tout est excellent. En plus elles ne tombent pas le travers qui veut que les lettres recopient parfaitement un dialogue, alors que l'on sait bien que c'est impossible en réalité. Sauf quelques uns, plutôt court et reportés tels quels, c'est l'auteur de la lettre qui nous raconte ce qu'il s'est dit en paraphrasant, comme une vraie personne le ferait. Les lettres sont également agencés pas forcément de manière super linéaire, une lettre ne répond pas forcément à une autre. A terme, si, mais dans le fil du texte on peut lire plusieurs lettres des habitants de Guernesey, des télégrammes de Juliet à Mark (que j'ai trouvé encore plus antipathique que d'habitude), et ensuite seulement une réponse de Juliet. On ne lit également pas tout des échanges des gens, on sent qu'il y a eu des réponses, mais on ne les lit pas, et ça ne gène pas, ça permet de fluidifier le tout.
Le ton des lettres est justement totalement enchanteur. Juliet est une correspondante drôle et inventive, tous les autres le sont aussi d'ailleurs. On a cet humour anglais, ces références à la littérature, et puis une tolérance qui souffle dans le livre. On pourrait penser qu'un bouquin se passant en 1946 serait plombé de conventions sociales et de préjugés, mais non, nos personnages sont exceptionnels ! Sydney, l'éditeur et ami de Juliet, est gay ? Oui est alors, tous s'en moque comme de leur premier penny. Les relations hommes-femmes sont également d'un reposant et d'une égalité après les étouffantes conventions de L'étrangleur de Cater street.
En redécouvrant le texte, j'ai aussi eu envie d'en apprendre plus sur tous les personnages plutôt secondaires. Savoir ce que Sydney vit avec son ami Pierce quand il est en Australie, lire l'enfance de Juliet, Sophie et les autres plus en détails ! Et bien sûr suivre Dawsey encore un peu plus parce que je suis aussi amoureuse de lui évidemment. J'aimerais aussi tellement lire l'enfance de Kit en détails, son grandissement aussi, toutes ses aventures. J'aimerais dire merci aux auteures tout simplement pour ce qu'elles ont créé.
En deux mots : Je me demande bien pourquoi vous n'êtes pas déjà en train de courir chez votre libraire pour acheter cet ouvrage.
Extraits : « J'adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C'est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l'argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l'amour des lecteurs et de la lecture pour les y poussée. Et l'idée d'avoir la primeur des nouveaux livres. »
« Vous voudrez sans doute savoir pourquoi j'admire ces filles [les sœurs Brontë]. J'aime les histoires de rencontres passionnées. N'en ayant jamais vécu moi-même, je peux à présent m'en faire une idée. Au début, je n'ai pas aimé Les hauts de Hurlevent, mais à la minute où le spectre de Cathy s'est mis à gratter à la vitre de ses doigts osseux, j'ai senti ma gorge se nouer, et le nœud ne s'est pas relâché avant la fin du livre. J'avais l'impression d'entendre les sanglots d'Heathcliff à travers la lande. Je ne crois pas qu'après avoir lu un auteur de si grand talent qu'Emily Brontë, je serais capable d'éprouver du plaisir à relire Malmenée à la lueur de la bougie de Miss Amanda Gillyflower. Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais. »
Traduit de l'anglais par Aline Azoulay.
The Guernesey literary an potato peel pied society
• > La première lecture du bouquin en juillet 2009 • La relecture en mai 2011
Nota bene : Maintenant j'ai envie de lire tous les ouvrages dont elles parlent dans le bouquin, et j'ai même envie de créer un challenge pour l'occasion, ça se trouve il existe déjà en plus ! Et je trouve, si ça vous intéresse, que l'album My friends all died in a plane crash de Cocoon va très bien avec l'ambiance du livre.
Saint Peter's Port, Guernesey, août 2009.



