Le livre de ma mère, Albert Cohen.

Publié en 1954.


http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/27947.jpgRésumé : "Somptueuse, toi, ma plume d'or, va sur la feuille, va au hasard tandis que j'ai quelque jeunesse encore, va ton lent cheminement irrégulier, hésitant comme en rêve, cheminement gauche mais commandé. Va, je t'aime, ma seule consolation, va sur les pages où tristement je me complais et dont le strabisme morosement me délecte. Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge. Mais ils ne me rendront pas ma mère. Si remplis de sanguin passé battant aux tempes et tout odorant qu'ils puissent être, les mots que j'écris ne me rendront pas ma mère morte. Sujet interdit dans la nuit. Arrière, image de ma mère vivante lorsque je la vis pour la dernière fois en France, arrière, maternel fantôme."

L'auteur : Albert Cohen (1895-1981) était un écrivain suisse romand (la Romandie étant la partie francophone de la Suisse) d'origine grecque qui écrivait en langue française. Après des études secondaires à Marseille, et des études universitaire à Genève, il commence une carrière diplomatique tout en écrivant. Il a reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française pour Belle de Seigneur.

Mon avis : "Devant cette glace je m'interroge, je ne peux pas comprendre que ma mère ne soit plus, puisqu'elle a été."
Ce petit livre est assez singulier, on y retrouve bien entendu l'écriture si spécial à Albert Cohen (que j'avais déjà pu appréhender en commençant Belle de Seigneur) et une tendresse qu'il écoule au fil des pages. Pour autant il ne se contente pas de porte un regard nostalgique sur sa vie avec sa mère, mais aussi critique et ironique à son encontre. J'ai comme qui dirait retrouvé le ton de Marcel Pagnol et de son Château de ma mère (que je n'ai pas lu mais dont j'ai vu des centaines de fois l'adaptation au cinéma) ou encore du Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu ; pour autant si on ne peut s'empêcher de trouver émouvant son témoignage, je n'ai pas pu y "accrocher". J'ai de plus en plus de mal avec les "témoignages" de vie réelle sans savoir pourquoi et de plus je ne suis pas assez proche de ma mère pour ressentir pleinement ce que raconte Cohen. Mais il en est conscient et dans son livre il dit bien que les fils/filles ne se rendent compte de l'amour qu'ils portent à leurs parents qu'une fois ceux-ci disparu (c'est un peu la logique même). Ce que j'ai aimé encore c'est la façon dont il relève l'absurdité de la mort à la fin de l'ouvrage et comment avec des mots simples ils en montre toute la puissance (voir la citation de début d'avis).

En deux mots : Une lecture agréable, même si la répétition de maman a commencé à me courir vers la fin ; et qui me donne envie de persévérer dans Belle de Seigneur.

Extrait : "Fils de mères encore vivantes, n'oubliez plus que vos mères sont mortelles. Je n'aurai pas écrit en vain, si l'un de vous, après avoir lu mon chant de mort, est plus doux avec sa mère, un soir, à cause de moi et de ma mère. Soyez doux chaque jour avec votre mère. Aimez-la mieux que je n'ai su aimer ma mère."