La chronique des Bridgerton (T.5) : Eloïse, Julia Quinn.

Publié en 2003.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/9782290025376175.jpgRésumé : Après la disparition tragique de sa femme, sir Philip est totalement désemparé. Comment va-t-il faire pour élever ses enfants qui ont souffert de la maladie de leur mère ? Comment leur apprendre la tendresse, lui qui ne sait pas exprimer ses émotions ? Pourquoi ne proposerait-il pas le mariage à Miss Bridgerton, avec qui il entretient une relation épistolaire ? Surprise, mais en même temps troublée, Eloïse, qui ne fait rien comme tout le monde, quitte Londres en secret pour rejoindre dans son manoir cet homme qu'elle n'a jamais vu.

Mon avis : Tout d'abord une question me taraude, et je voudrais la poser au/à la maquettiste/graphiste de chez J'ai lu Aventures & Passions. Tu es malade coco/tte ? Où sont passées les marquises dévêtues, les vicomtes en chemises froissés, et les titres pleins de passions ! J'ai failli ne pas reconnaître ce titre pour appartenant à la collection tellement j'étais perturbée. Tant de retenue et bon gout ça frise l'incident diplomatique. Enfin bref, je savais de part les billets de lecture de Fashion que ces bouquins étaient drôles et méritaient d'être lus et franchement je suis agréablement surprise ! Bien sûr ça ne vaut pas le prix Nobel, mais de rire dans un type Harlequin, non pas au dépend de l'auteur/e, mais grâce à son humour, ça change beaucoup !
Apparemment Julia Quinn est prolifique parce que cette série compte genre huit ou neuf tomes et elle en à écrit pleins d'autres. Et ça me ravit parce que j'ai passé un très bon moment de rigolade avec ce livre. Je commençais par le cinquième tome parce que c'était le seul dans le carton que j'ai acheté chez Emmaüs, mais bon ça ne pose pas de problème, chacune des volumes se concentre sur un membre de la fratrie Bridgerton et on résumé rapidement ce qui est arrivé aux autres pendant ce temps-là. Ici nous découvrons Eloïse, vieille file de vingt-huit ans qui a repoussé toutes les demandes en mariage qu'on lui a fait jusqu'au présent et qui commence à tenir une correspondance avec un duc / comte / sir Philip (bref je ne m'en souviens plus) d'un comté perdu de l'Angleterre. Et le duc / comte / sir Philip au bout d'un an lui demande de l'épouser par lettre, alors qu'il ne l'a jamais rencontré. Eloïse est shocking au départ, mais son sens de l'aventure prend le dessus et elle se rend chez le duc / comte / sir Philip en s'échappant de chez elle et sans chaperon !

Au début du bouquin je pensais que j'allais ricaner comme d'habitude au dépend de l'auteure parce que tout ne commence pas très logiquement. La situation initiale est catapultée puissance douze, on a des flash-back bizarres et à peine trois pages plus loin, la correspondance de un an est résumée en quelques mots. Pour la vraisemblance on repassera. Mais ensuite on découvre Eloïse confrontée au duc / comte / sir Philip qui ne s'attendait pas à ce qu'elle accepte son invitation de lui rendre visite, qui est tout timide et habillé de vieilles fringues pour aller dans sa serre, et Eloïse martyrisée par les deux gamins/petits monstres du duc / comte / sir Philip. A partir du moment où la gravité de la situation du duc / comte/ sir Philip est écartée (il est veuf, sa femme était une grande dépressive qui ne s'éclairait qu'à la bougie même en plein jour ! bravo pour les économies), on découvre de l'humour potache avec les farces des sales gamins, des situations rocambolesques entre Eloïse et le duc / comte / sir Philip, et des petits extraits en début de chapitre des lettres qu'Eloïse a envoyé dans sa jeunesse (c'est une grande épistolaire). Le mieux est encore quand la fratrie débarque pour sauver l'honneur de sa sœur et qu'on découvre la complicité qui les unit, j'ai vraiment éclaté de rire plusieurs fois ! Julia Quinn sait écrire des dialogues drôles, rythmés et totalement absurdes. C'est d'ailleurs sa grande réussite dans le bouquin. Parce que les descriptions de scènes de grandes personnes avec la vieille métaphore, son temple du désir ou toute autre fadaises du genre ça devient vite lourd surtout quand ça dure plus d'une page.
Ce qui est dommage c'est que la fin est vite expédiée et que la gravité du bouquin ne se marie pas trop bien avec l'humour du texte, enfin trouve-je. Mais bon si je trouve d'autres bouquins de l'auteure en troc ou chez Emmaüs je n'hésiterais pas à me les procurer, parce que tout de même c'est très drôle et que c'est fait pour ne pas se prendre la tête.
 
En deux mots : Une agréable surprise harlequinesque (de chez J'ai lu, mais je ne vais pas citer le nom de la collection à chaque fois !), c'est drôle et pas au corps défendant de l'auteure. Les dialogues de Juila Quinn sont à mourir de rire, et la romance est mignonne.
Comme je sais que la couverture française est totalement désapointante du point de vue ébouriffant de la passion, j'ai trouvé sur le site de l'auteure quelques exemples beaucoup plus harlequin, et je dois dire que les allemands, les polonais et les croates n'ont rien à envier aux Harlequins américains ! Laquelle est votre préférée ?


Traduit de l'anglais par Arnaud du Rengal.
To sir Philip with love


 
http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/SLASKOUELOISE.jpg

Rangé dans Bluettes pas très nettes le 19 mai 2012

Le défi d’un play-boy, Lynne Graham.

Publié en 2007.
Lecture commune


http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/ITALIAN.jpgRésumé : Lorsque Gwenna Hamilton lui demande de l’aide, Angelo Riccardi jubile. Dès leur rencontre, il est tombé sous le charme de cette jeune femme à la beauté sans artifices, bien plus séduisante que toutes les femmes sophistiquées qu’il fréquente habituellement…et bien moins docile. Devant son indifférence, il s’était promis de la conquérir par tous les moyens et la voilà, désespérée, prête à tout pour le convaincre. Une situation encore plus grisante quand il découvre que Gwenna est la fille de son pire ennemi. Sans le savoir, elle vient de lui offrir une occasion très agréable de prendre sa revanche…

Mon avis :
« Pour sa part, Angelo Riccardi ne connaissait plus la peur depuis son enfance. A l’époque, ce sentiment lui avait infligé une telle humiliation qu’il s’était juré de s’endurcir pour ne plus jamais en être victime. Si la haine et l’amertume l’accompagnaient toujours, la peur lui était désormais inconnue. »

Je ne ferais pas durer le suspense plus avant, c’est grâce à l’inventive et débrouillarde Méloë que je me suis retrouvée l’heureuse propriétaire de huit roman Harlequins récents ! Oui, vous avez lu de vos yeux lus, huit ! Mais pourquoi une telle débauche livresque me demanderez-vous ? Parce que ces très chères éditions Harlequin ont eu l’excellente idée de mettre à disposition gratuite, pour vous mes chers serpolets, et pour tous les autres bipèdes francophones qui peuplent la Terre, une sélection représentative de leur catalogue à télécharger ici. C’est renversant une telle gentillesse.

N’écoutant que sa conscience professionnelle (une trouble histoire d’os), Méloë a lu cet ouvrage, et a attiré ma curiosité. S’en est suivit l’idée pas piqué des hannetons (pauvres hannetons) de faire une Lecture Commune d’un des titres restant, à savoir Le défi d’un play-boy. Et qui dit entreprise si hardi, dit conception d’un logo à faire pâlir l’auteur des couvertures de chez Harlequin. Et je dois vous avouer mes très chers amis, que je n’ai pas pu attendre plus de quelques heures avant de me lancer dans cet ouvrage passionnant. Ouvrage qui a ma grande surprise propose une analyse conceptuelle et hautement fouillée du mythe de Cendrillon transposé de nos jours ainsi que des clins d’œil très subreptices et nécessaires à l’œuvre de Charlotte Brontë, Jane Eyre. En plus d’une excellente leçon d’italien, d’économie et d’altruisme. Laisse-moi vous donner la ligne conductrice et éminemment limpide de ce petit bijou : Angelo Albritosi, Segafredi… Messinissi (honte à moi son nom de famille ne s’est jamais imprimé dans mon trop petit cerveau), anybref Angelo est un milliardaire au passé troublé. Un traumatisme affreux lui a fermé les portes de la carrière d’avocat qu’il voulait entreprendre et depuis, à l’aide de son grand-père mafieux, mais qu’il n’aime pas, il est bien décidé à découvrir la vérité sur ses origines et ensuite à se venger de l’homme, amant de sa mère, qui fuyait son mafieux de père, et qui lui a volé son héritage et envoyé en pension. Que ne découvre-t-il que la sublime jeune fille qu’il a rencontré au fin fond du Somerset, et qui l’attire (parce qu’elle ne semble pas attiré par lui ce qui est vraiment très bizarre vous en conviendrez), n’est autre que la fille du vilain amant en question et qu’il va se servir d’elle pour se venger.
C’est bien ce que je disais, limpide et trépident ! Chaque chapitre parfaitement rythmé par les soupirs et les interrogations de Gwenna (« Elle se sentait toute bizarre… Etait-elle en état de choc ? » « Mais que lui arrivait-il ? »), les imprécations d’Angelito (« Mais pourquoi me résiste-t-elle cette gazelle aux yeux bleus faïence dios mio ? »), et cette interrogation insoutenable : « Les piliers et l’escalier étaient-ils vraiment en marbre ? ». Malheureusement cette dernière question ne sera jamais résolue et j’en suis très attristée.

Les personnages nous deviennent aussi sensibles et réels que notre voisin de palier grâce à des descriptions plus vraies que nature. Ainsi Gwenna est une magnifique femme à la crinière (sic) blonde, aux yeux bleus faïences, et aux seins éternellement sensibles ; Angelito est quant à lui un magnifique homme, imposant, à la virilité parfaite (admirez la figure de style qui empêche de sombrer dans le vulgaire) et rapidement dressée (désolé pour mes serpolets les plus jeunes, j’ai essayé de faire soft, mais je ne pouvais décemment pas vous priver de cela) et aux yeux mordorés intenses.
De plus, comme je le signalais plus haut, Lynne Graham ne sombre pas dans l’écueil de la médiocrité en donnant à son texte un relief inattendu grâce à sa transposition de Cendrillon et Jane Eyre. Et je m’en vais vous le prouver citations à l’appui. Premièrement : « Depuis plusieurs années, Gwenna avait quitté l’ancien presbytère, où vivaient son père, sa belle-mère et les deux filles de cette dernière. » Une belle-mère maléfique, deux demi-sœurs pourries gâtées, un papa qui ne la défend pas, la preuve est flagrante. Ensuite la pauvre Gwenna doit faire le ménage pour sa belle-mère, et « Riccardi n’a pas encore agité sa baguette magique pour te transformer en créature sexy ? A moins que les haillons l’excitent ? » (mais ouiii c’est son nom à Angelito d’amour, Ri-car-di !) outre la vulgarité vilaine de la sœur de Gwenna, notez bien l’utilisation du terme baguette magique et haillons. Deux éléments capitaux du mythe de  Cendrillon. Et je ne serais pas étonnée qu’en haut Persan du sud, Gwenna veuille dire cendres du matin qui chantonnent aux coquelicots.
Pour ce qui est de Jane Eyre, cela est plus subtil et seul mon regard acéré a pu dénicher, à la page 124 de l’ouvrage en question, cette transposition. http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Lesrendezvousdudimanche/LOGOHARLEQUIN.gifHé oui, Gwenna après son mariage avec Angelito Segafredi, tombe enceinte et lui donne un enfant, une petite fille ! De là bien sûr vous rencontrez l’épilogue du célèbre roman quand Jane met au monde son petit bébé et que Rochester en est gaga. Limpide je vous dis.
Mais assez jargonné, je ne peux décemment vous priver plus avant de la joie inexplicable et rare de lire vous-mêmes les aventures du play-boy et de la pépiniériste.

En deux mots : Une lecture commune qui m’aura permis de découvrir le plaisir épique de lire une grande œuvre injustement classée dans les romances sensuelles de chez Harlequin. Comme vous l’avez bien compris, ce bouquin est tellement plus que cela…


Traduit de l’anglais par Elizabeth Marzin.
The italian’s inexperienced mistress


L'avis de Méloë (qui a autant aimé que moi bien sûr !).

Rangé dans Bluettes pas très nettes le 27 janvier 2012

Les chevaliers des ténèbres (T.2) : Une fascination dangereuse, Lisa Renee Jones.

Publié en 2008.
Livre voyageur



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/couv42808406.jpgMon avis : Desmond est un Chevalier Blanc (les capitales sont importantes à noter) qui tente de combattre la Bête qui est lui. Jessica est une archéologue qui va bientôt exposer un précieux manuscrit dans son musée et qui serait de la main du roi Salomon et contiendrait des informations aptes à faire vaciller plusieurs religions. Autant dire que c'est du lourd, et que lorsqu'on sait que Desmond doit venir voler le manuscrit malgré son amour débordant de désir pour la jeune femme, on comprend mieux le dilemme qui l'habite.

Tout a commencé lors de la rencontre des blogueurs de Lorraine à Nancy en été : Bubble, Harmony, Mandy, Lanyla et Lynnae souhaitaient offrir un Harlequin à Wolfi (le seul mâle de la partie) afin de... je ne sais pas trop afin de quoi, mais en tout cas elles le souhaitaient. Bubble et moi avons donc déniché cet opuscule collection Nocturne. Désir garanti ou remboursé. Il a aussi été décidé dans notre grande sagesse que le livre ferait un voyage entre nous tous et l'objet d'une lecture commune en différée. A cause de la défection momentanée de Bubble, j'ai récupéré le bouquin plus rapidement que prévu, et je me suis dit que pour mon rendez-vous du dimanche, je pouvais bien vous offrir un billet sur le sujet.

En regardant la fiche Bibliomania du bouquin je me suis rendue compte avec horreur qu'il s'agissait du deuxième tome d'une série et je maudissais déjà le Destin de ne pas nous avoir fait choisir le premier, quand j'ai senti que j'aurais la force de comprendre l'intrigue sans la lecture du précédent. Et les Puissances m'ont entendues dans leur infinie sagesse et bonté. La plume enchanteresse de Lisa Renee Jones, jouant si habilement des mots ("son jardin des délices" "son désir dressé" "son regard infernal venu de l'enfer sombre") et évitant les clichés (une belle et sexy héroïne, une Chevalier chaud comme une baraque à frites, un Démon vilain, un parchemin angélique), permet de plonger Corps et Âmes dans un roman pâssionnant mes chouchoux. L'intrigue de par sa simplicité virginale et pure permettra à tout le monde de saisir sa portée universelle ; un parchemin écrit par le roi Salomon serait une liste de descendants angélique, se transforme ensuite en carte menant à un coffret caché sous l'arbre où Desmond a été torturé voilà quatre cent ans, ne pouvait être touché que par des âmes pures, et contiendrait la liste (comment est-elle arrivée là ? C'est le fils de Salomon bien sûr qui l'a caché au Mexique et le Destin qui a fait que Desmond faisait ses parties de jambes en l'air avec la fille de son maître, dans le passé, à côté), qu'il faudrait décoder ("mais et si les démon pouvaient décrypter le code ?") et qui serait capable de sauver le monde des Maîtres des Terres sans Noms (c'est pas un nom ça ?). Comme je le disais c'est limpide et logique en diable.
L'auteure n'hésite pas non plus à faire montre de la poésie qui réside en elle ("Les vents du destin soufflaient sur sa nuque, lui annonçant que sa vie était sur le point de basculer"), de son talent manifeste pour expliquer la base de la philosophie kantienne, de la lutte entre le bien et mal (quand tu regardes dans l'abysse, tu deviens vilain aussi et na), les différences existant entre désir brûlant et désir intense (c'est over compliqué à expliquer, je vous ferais ça au prochain numéro), et la praticité des scènes d'amour sous la douche avec un Chevalier qui peine à contrôler sa Bête alors que l'archéologue sexy est nue et toute émoustillée ("Avec sa bouche, Dess lui faisait littéralement l'amour, mieux que certaines hommes avec leur corps tout entier"). J'avoue que mes neurones tous affriolés par ces subtiles descriptions d'ébats et l'évocation délicate de leur sentiments réciproques, n'ont pas réussi à reprendre leur fonctionnement habituels.

En deux mots : Un livre tout plein de passion retenue et subtile ; une intrigue d'une telle limpidité que tout le monde peut choper un torticolis a y trop regarder, et par dessus tout une écriture d'une telle justesse poétique que j'en suis encore toute retournée.

Rangé dans Bluettes pas très nettes le 30 octobre 2011

Piano, Patti Beckman.

Publié en 1982.
Les Harlequinades 2010


 
http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/piano.jpgMon avis : C'est avec une fébrilité non dissimulé que je m'attaque à ma première critique d'Harlequin. Serais-je à la hauteur de ce que mes pairs attendent de moi ? Saurais-je saisir en quelques phrases l'essence même et l'âme de ce livre sublime que je viens de lire et qui m'a tourneboulé ? Nobody knows, so let's go.

Piano (Tender deception en anglais) appartient à la collection Duo Harmonie de Harlequin et nous promet : des émotions fortes, de l'intrigue, du suspenses, de l'aventures et bien sûr de l'amour. Comment résister à une telle accroche ? Quel pouvoir sur terre pourrait me permettre de ne pas ouvrir ce livre et de m'y plonger corps et âme ? La réponse est aucune chers lecteurs. Je n'ai pas pu résister à ce livre et je défie quiconque d'avoir cette volonté !

Et comment pourrait-on même songer à ne pas lire l'histoire trépidante, mais tragique il est vrai de la jeune et belle Lella. Scène d'exposition. Le désert. Une femme titube sous le poids de la douleur et de la chaleur. Son visage est affreusement mutilé et fait d'elle "une pitoyable caricature d'être humain". Qui est-elle ? Que fait-elle en ces lieux inhospitallier ? Elle n'en sait et nous nous plus chers amis. Commence alors une quête palpitante pour retrouver l'identité perdue de Lella. Quête tragique et parsemée d'embuches jusqu'à la révélation finale.

On m'avait parlé de la puissance insoupçonnée des Harlequins mais jamais je n'aurais pu imaginer tenir entre mes mains un tel livre ! Un joyaux parmi les meilleurs. Outre la puissance dévastatrice et langoureuse de l'histoire de Lella (partagée entre deux hommes beaux et musclés), nous avons une étude sociologie sur les indiens d'amérique, ainsi que sur le jazz et la musique classique. L'auteur nous fait même la grâce de dresser un portrait psychologique hors du commun de ses personnages. Et elle ne recule devant rien ! Nous saurons tout ce qui se cache derrière ces visages si beaux et si luisants de sueurs au détour de quelques pages brulantes ... J'ai pris tellement de notes que je ne sais par où commencer !

Lella, notre mystérieuse héroïne. Après avoir été secouru dans le désert par le serviable Henry Plumerouge (l'étude sociologique arrive par son biais ; fier indien il ne comprend plus ses enfants qui frayent avec les hommes blancs, lui parlent de choses qu'il ne comprend pas [le football, les élections], et habitent en ville !). Et c'est d'une épique manière qu'il arrive dans notre récit, et je ne résiste pas à l'envie de vous recopier le passage idoine : "La solitude sauvage du site fut soudain troublée. Le vingtième siècle, brutalement, fit irruption dans cette scène d'un autre âge. Ce fut d'abord un bruit de ferraille et de mécanique poussive, et enfin un vieux break cabossé au sommet d'une dune. Mirage de la civilisation et de l'humanité." La confrontation entre l'âpreté du désert, et l'étrangeté de la technologie est rendue avec brio et servi par une maestria digne des plus grands. Plumerouge sauve notre Lella amnésique et la ramène chez lui où elle rencontre sa nouvelle meilleure amie pour la vie, Raven (fille de Plumerouge, souvenez-vous la vilaine qui parle à l'homme blanc et porte des chaussures !) et qui l'aide à vendre ses bijoux pour s'offrir une opération de chirurgie esthétique afin de retrouver figure humaine ... Et quelle figure ! "La forme de ses paupières l'intriguait. Légèrement bridées, elles donnaient à son regard une sorte de mystère oriental, qui s'ajoutait à l'énigme sensuelle de sa voix rauque." On me souffle que certains se demande pourquoi Lella va vendre ses bijoux au clou plutôt que de rechercher sa famille. Mais quel manque d'analyse ! Lella est une femme, et une femme ne peut vivre sans un beau visage c'est bien connu. Sinon comment pourrait-elle inspirer un désir fébrile et fulgurant à tous les hommes qu'elle croise ? Chacun ses priorités.

Et le désir parlons-en donc ! "Ses lèvres se souvenaient encore du baiser de Ralph. Son corps palpitait. Elle était fiévreuse de désir. Elle était désemparée." Mais petit bémol chers amis, Patti Beckman est plutôt soft dans la description de ses langoureuses étreintes. Force m'est de constater que je vais devoir continuer de lire des Harlequins pour approfondir ce point. Je sais, mon abnégation vous coupe le souffle. Mais je suis comme ça, je me sacrifie pour la science sans hésiter.
Notre héroïne n'est pas seulement une pianiste fantastique, une pilote d'avion émérite, et une femme au caractère indomptable (sauf après quelques verres de champagnes et de regards langoureux d'un bô gosse. Mais qui pourrait résister à cela ?), c'est aussi une fine psychologue qui analyse les gens en un quart de seconde top chrono. Quand son ami d'enfance dont elle est secrètement amoureuse depuis leur rencontre refuse de commencer une relation sérieuse, elle atteint le sommet de son art et nous sert ne analyse qui n'a d'égal que sa finesse ou sa justesse :"-Je me demande si tu n'aimerais jamais autre chose que ta trompette, fit-elle tristement. Elle est ta vraie maîtresse, n'est-ce pas Jimmy ?".

Et la musique ! La musique chers amis ! La musique qui nous apporte d'intenses moments de poésie :"Jimmy et elle parlait bien le même langage, unis dans la création où fusionnaient les inspirations." Et de longues dissertations sur des pianistes, trompettistes, chanteur de jazz du siècle dernier.
Mais la véritable scène maîtresse du livre, celle qui vous fera fondre de désir et d'expectative est celle de jacuzzi.

En deux mots : C'est avec une immense tristesse et le feu d'un désir inassouvi que j'ai refermé ce livre.
 
 
http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/1685698970.jpg

Rangé dans Bluettes pas très nettes le 14 juillet 2010

<< Rayon précédent | 1 | Rayon suivant >>

Créer un podcast