Philosophie magazine (#59).

Mai 2012.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/M9521.jpgPrésentation du numéro : « Après son décès le 26 avril 1988, la féministe radicale Valerie Solanas, connue pour avoir tenté d'assassiner Andy Warhol et signé le SCUM Manifesto, où elle en appelait à la création d'une société sans hommes, fut condamnée aux Enfers. Plus précisément, saint Pierre l'expédia dans le cercle des philosophes nihilistes et autres criminels en pensée, une grotte réchauffée par d'immenses fourneaux. C'est là qu'elle reconnut, assis sur un rocher, Arthur Schopenhauer. Le vieux philosophe allemand était mort depuis plus de cent vingt ans, mais il arborait encore ces favoris hirsutes lui donnant l'air d'un vieux sapajou. Comme Valerie avait toujours rêvé d'en découdre avec ce héraut de la misogynie, elle fonça droit sur lui : " Être homme, lui déclara-t-elle bille en tête, c'est avoir quelque chose en moins, c'est avoir une sensibilité limitée. L'homme est complètement égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager ou de s'identifier à d'autres ; inapte à l'amour, à l'amitié, à l'affection, à la tendresse. C'est une cellule complètement isolée !
— Les femmes, répliqua Arthur de sa voix croassante, encore plus désagréable qu'elle ne l'aurait imaginé, sont le sexus sequior, le sexe second à tous égards, fait pour se tenir à l'écart. Que peut-on attendre des femmes, si l'on réfléchit que dans le monde entier ce sexe n'a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une oeuvre complète originale dans les beaux-arts, ni un seul ouvrage d'une valeur durable ? " »

Mon avis : Vous savez mes petits mouflons (j'avais envie de varier les plaisirs l'été venu, vous redeviendrez des serpolets en automne) que le grand œuvre de ma vie c'est d'avoir l'air classe dans le métro. Et franchement quoi de mieux que de lire Philosophie magazine pour ça ? Un conseil, ajoutez à cela un air pénétré (froncez les sourcils) et prenez des notes sur les marges (dessinez des tulipes), vous aurez tout gagné !

En ce moment je me sens d'une curiosité sans borne à l'égard de la presse et même si je n'ai jamais forcément rêvé de lire ce périodique (en fait j'avoue, la première fois que j'ai lu le nom j'ai ricané, ça m'a fait penser à Picsou Magazine et tout de suite ça désacralise le truc), c'est une très agréable surprise ! Je pensais lire le dossier qui m'intéressais (Les femmes sont-elles plus morales que les hommes ?) et ensuite refermer le truc avec une bonne migraine. Les cours de philo ça m'a toujours fait cet effet-là. Devoir bosser des heures sur un texte de quinze lignes recelant tant de sens est carrément au dessus de mes forces. Sauf que le dossier est intelligemment construit, plusieurs personnes développent plusieurs articles, on parle de ce qu'il se passe dans le monde, de science, on fait des références au passé en langage clair (j'ai juste passé cinq minutes sur un phrase d'un type du XVe siècle, normal), et surtout on confronte plusieurs opinions ! Avec un nom de dossier pareil je m'imaginais déjà monter sur mes grands chevaux, mais en fait c'est vraiment passionnant et réfléchi. Les arguments sont développés, on parle de l'évolution de la femme dans le monde du travail, on se demande si elle a réellement gagné quelque chose à pouvoir se "mesurer" aux hommes sur ce terrain, s'il y avait véritablement quelque chose à gagner du reste. On découvre aussi la philosophie du "care" en direct import des Etats-Unis, et si le pitch de base, se basant sur les "soins" apportés à autrui m'a un peu fait grincer des dents, on a des opinions sufffisament nuancés et variés pour comprendre que ce truc est vraiment intéressant si l'on évite les écueils du féminisme de base (les mecs ne comprennent rien, sont tous des salauds, c'est biologique, et ce genre de fadaises débilitantes). Certaines avis m'ont fait hausser les sourcils franchement et j'ai souligné des trucs (souvenez-vous du griffonage cool dans le métro) auxquels repenser plus tard. En bref ce dossier est vraiment intéressant, et si vous ne deviez lire que lui ce serait super.

A ma grande surprise ensuite je me suis mise à lire le reste du magazine et encore une fois surprise. Une maquette claire, des interventions ni trop longues ni trop courtes, des sujets d'une certaine actualité, des questionnements très intéressants, et si je suis pas fan de certaines réponses ça m'a très certainement donné à penser. Il y avait en plus un autre dossier consacré à Épictète et son Manuel. Epictète j'avais dû le lire au lycée, et je pensais m'ennuyer alors qu'en fait j'ai eu une genre de révélation. Cette histoire de déterminer ce qui dépend ou pas de nous afin de trouver le bonheur c'était un peu le saint Graal pour moi. Du coup j'avais lu le Manuel émerveillée et n'avais pas réfléchit plus loin. Hors dans ce dossier on a un type qui montre à quel point le stoïcisme d'Épictète (parce que j'ai appris en lisant le magazine qu'il était stoïciens, je devais trop dormir en cours de philo pour l'avoir écouté) peu être perfidement interprété dans la société et le pendant un peu malsain que ce détachement peut avoir sur les relations sociales. Donc je vais me procurer le Manuel à nouveau et le relire avec un œil neuf (et pis j'aurais bien l'outrecuidance de dire que je vais aussi chercher le bouquin de Marc Aurèle).
Par contre, il y a un dossier sur comment certains philosophes voient l'avenir de l'Europe et ce qu'ils feraient pour nous sortir de la Crise, et j'ai décroché quand le mec nous parle du fait de fusionner l'Allemagne et la France pour créer un nouveau pays. Pas passionnée par le sujet et les solutions qui me semblent complètement fantaisistes je ne pense pas y revenir.

En deux mots : Maintenant que le premier saut est fait, et que je ne me suis pas noyée dans les pages vénérables de Philosophie magazine (prévoyez un tubas quand même on ne sait jamais), je serais très curieuse d'en lire des prochains numéros pour voir si cette bonne opinion se confirme. N'empêche ce serait terrible si c'était le cas, je ne pourrais jamais m'acheter tous les mois autant de magazines !

Rangé dans Magasines & Journaux le 5 mai 2012

Causette (# 23 & 24), Plus féminine du cerveau que du capiton.

Avril et mai 2012.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/Causette2324.jpg


Mon avis : Je voulais vous faire un billet sur le premier numéro de Causette que j’ai acheté la semaine passée, mais ensuite je me suis dit que j’attendrais de lire le suivant pour me faire une idée plus globale sur le magasine, et c’est bien tombé puisque à peine quelque jours plus tard il était en kiosk. Et autant dire et les choses tout de suite, je sens que je vais m’abonner à Causette dès que j’aurais des deniers frais et dispos. A l’image de Muze, Books ou Courrier international (faut que je vous parle de ceux-là un jour), Causette est un magasine curieux, intelligent qui propose des dossiers sur des tas de trucs et qui botte en touche toutes les conneries sexistes qui nous sont servies tous les jours. Et si, je le dit tout fait non humblement j’avais pu remarquer le léger air de machisme qui flotte dans notre joli air, je n’avais jamais autant réfléchi à la façon dont il affecte chaque chose du quotidien et maintenant que j’ai la vue un peu plus clair je suis encore plus stupéfaite que d’habitude. Comme dit l’autre, on nous prend vraiment pour des quiches !
Mais commençons pas le commencement. Causette c’est quoi ? Un magasine plus féminin du cerveau que du capiton qui propose des dossiers sur les femmes, le sexisme, mais aussi tout simplement l’actualité, la musique, la photographie, les livres (quoique j’aimerais plus de pages là-dessus, on ne se refait pas), et qui comme Books ou Courrier international parle de ce qui se passe dans le monde sans le filtre des autres médias.
Dans le numéro de ce mois-ci il y a par exemple un dossier sur l’ADN vraiment très intéressant ou encore sur les douches et bains publics, Samar Yazbek (écrivain, journaliste, scénariste syrienne et dont on n’a publié Feux croisés, journal de la révolution syrienne chez Buchet-Chastel et que je vais me procurer sous peu), ou un film qui va sortir sur la sexualité d’une famille et qui a l’air très chouette.

Ce que j’ai aimé dans ces deux numéros c’est d’abord le format et le ton. Au début j’ai eu un peu de mal avec ce ton justement, moment de calibrage de mon cerveau, mais dès le deuxième numéro lu je riais au ton de cette chère Causette et allais tout de suite à mes rubriques favorites. Les dossiers sont courts comparés à d’autres journaux mais ils vont à l’essentiel et ils brassent des informations variées, éclectiques, différentes. On ne parle pas des derniers films à la mode, mais de trucs curieux, inventifs et qui proposent un autre regard sur certaines choses. On parle aussi de musique, de photographie et j’ai corné des tas de pages tellement j’ai envie d’en savoir plus.
On parle aussi de vrais gens, le numéro d’avril consacrait des pages à l’histoire d’une femme (Edith) partie à la recherche de ses racines, et il y a aussi la rubrique récurrente sur la fesse cachée – ou pas – des « ménagères » (et les hommes ont les appelle comment, des « ménagers » ? Ça sonne bien).
Et puis Causette est bon coup de pied dans le cul pour ouvrir les yeux et ne pas se taire quand on voit une connerie sexiste/abrutie/raciste, etc. imprimée/dite de long en large et en travers. Ça démystifie aussi un gros mot, le féminisme. Parce que bon moi je n’étais pas trop fan du terme et du concept à la base. Enfin pas fan de la façon dont s’est présenté et dénigré et surtout incarné par certaines personnes ; plus des harpies qu’autre chose. Puis il y avait eu l’espèce de polémique sur l’effacement de Mlle sur les formulaires (quelle débilité soit disant passant ; j’étais fière de dire que j’étais une mademoiselle au monsieur du don du sang, non mais) ((même si je n’ai pas pu donner mon sang, une sombre histoire d’anémie)) et les articles sur les blogs (et sur celui de MeL qui m’avait bien aidé), et j’avais commencé à penser qu’en fin de compte, le féminisme c’était bien. Maintenant que je suis entièrement convaincue, il n’y a pas de raison pour que vous ne le soyez pas (enfin ça se trouve vous l’êtes déjà parce que je le sais bien mes petits serpolets, mais vous beaucoup plus réfléchi que moi, c’est pour ça que je vous aime).

En deux mots : Causette c’est le bien, c’est d’utilité publique et je vais m’abonner, alors je me demande ce que vous attendez pour vous jeter chez votre marchand de journaux.
Et pis je vous conseille d'aller lire ce billet, c'est instructif, ça on peut le dire...

Apostille : Comme d'habitude le plus intéressant se passe en commentaires, et Bredouille a dit une chose très juste à propos de la narration féminine d'un magasine ou d'un roman, je le reproduis donc ici : « Une remarque sur la façon dont on s'adresse aux lecteurs : pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas lire un texte où l'on accorde les mots au féminin, si le sujet les intéresse ? Pourquoi ça devrait n'aller que dans un sens (les femmes lisant des textes au masculin) ? Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il me semble que les lecteurs intelligents savent très bien voir l'universalité dans un texte, qu'il soit accordé au féminin ou au masculin (c'est ce qu'on fait tout le temps avec les romans, non ?) »

Rangé dans Magasines & Journaux le 27 avril 2012

Dossier de l'art (n°188) : Beauté, morale et volupté.

Septembre 2011.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/beautemoraleetvoluptepdthd3393large.jpgPrésentation : Tableaux, meubles, céramiques, dessins, bijoux... Après le Victoria and Albert Museum, plus de 200 pièces réunies au musée d'Orsay mettent en scène le moment captivant de l'histoire de l'art anglais : l'Aesthetic Movement. Rassemblant tous les plus grands peintres de l'esthétisme, de Rossetti à Whistler ou Burne-Jones, et les plus illustres créateurs de meubles et d'objets comme Morris, Dresser et Godwin, l'exposition évoque avec faste cette aventure esthétique qui eut la beauté pour seul horizon, et fut le miroir des désirs, des contradictions, de l'esprit d'une époque. Entretien avec Yves Badetz, conservateur au musée d'Orsay, commissaire de l'exposition. Dossier : Autour de 1855-1860 émerge dans l'Angleterre victorienne, au cœur des cercles où se côtoient artistes, écrivains et critiques, une singulière vision esthétique qui fait de la beauté pure le but ultime de l'art, et qui va prendre l'ampleur d'une mode, bouleversant le cadre de vie de l'aristocratie et de la classe moyenne. La découverte de la collection de dessins John Ruskin de l'Ashmolean Museum viendra approfondir cette évocation, tout comme celle de la remarquable donation Forbes récemment déposée au Louvre.

Mon avis : Parler de ce magasine me permet d’inaugurer une nouvelle catégorie sur le blog. En effet, si je ne parcours pas de journaux tous les jours, j’ai un tel plaisir à lire Books, Muze, Courrier international et maintenant Dossier de l’art que je ne pouvais décemment pas ne pas vous en parler mes gentle serpolets (et oui, on s’anglicise, c’est la toute dernière mode à la cour).

Ce numéro de Dossier de l’art prend comme point de départ l’exposition Beauté, morale et volupté de musée d’Orsay dont je vous ai parlé ici. Et je trouve ce numéro particulièrement passionnant, parce qu’au contraire du catalogue de l’exposition il permet non seulement d’apprendre l’histoire des œuvres présentées, mais aussi de découvrir un flopitude d’informations sur l’Angleterre victorienne et l’aesthetic movement. J’ai été tout d’abord enchanté par la forme de l’ouvrage. Des articles qui courent sur quelques pages et développent leurs sujets à fond. Des illustrations vraiment très belles (bon sauf les oranges, mais les oranges ne sortent jamais bien si on n’est pas en exachromie – procédé d’impression plutôt onéreux à huit couleurs pour obtenir un meilleur rendu (c’était l’instant baratin du jour)), et un propos vraiment passionnant. Ce n’est pas assommant de lire des textes sur la peinture comme je l’aurais pensé. Je m’attendais à un truc rasoir du style de mes cours de lycée sur le pourquoi et le message d’une œuvre. Au contraire puisque le numéro entend faire un panorama de mouvement artistique développe grâce à cette maxime de Théophile Gautier : « L’art pour l’art », on évite ce genre de considérations ennuyeuses sur le symbolisme d’une fourmi ou d’un sourcil. Et la réflexion qui est faite sur « L’art pour l’art », notion qui me semblait un peu pompeuse à la base, est passionnante. Elle montre bien que ce mouvement s’inscrivait en faux à l’époque par rapport à la lecture classique des œuvres d’art. Plus besoin de narration dans un tableau, on doit pouvoir l’apprécier pour ses seules qualité artistiques et pour les sentiments que sa contemplation développe chez le spectateur. Et c’est ce qu’il me semble que l’on fait tous à présent, même si dans l’art moderne il faut connaître un genre de message ou de justification pour comprendre pourquoi un hurluberlu a empilé quinze voitures http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/logochallengevictorien.pngdans du ciment, et pourquoi c’est censé être de l’art.
Bref, « L’art pour l’art » c’est mon truc.

J’ai adoré lire les pages thématiques, sur la Grosvenor Gallery (dont j’ignorais l’histoire), la chronologie de l’ère victorienne, mais aussi les présentations de demeures d’artistes de l’époque avec des informations très claires quant à leur localisation et leur intérieur. J’avais l’impression d’y être. J’ai aimé aussi découvrir les nouveaux tableaux donné au Louvre par la fondation Forbes, et qu’il ne me semble pas avoir vu cette semaine quand j’y ai été. Une bonne raison pour y retourner.
J’ai surtout beaucoup aimé voir la représentation des œuvres que j’avais pu contempler en vrai ! Quel plaisir de se souvenir des couleurs éclatantes (rendues très moyennement par l’impression), et quelle tristesse aussi de se rendre compte qu’on n’a pu louper un tableau superbe, Symphony in white n°III de Whistler (en illustration d’article plus bas) ((je ne sais pas si elle était présente  l’exposition, je n’en ai aucun souvenirs, mais je voudrais tellement la voir in situ)).

En deux mots : J’ai vraiment eu un coup de cœur pour ce magasine et ce numéro en particulier. Les articles sont passionnants, la mise en page très agréable, et les illustrations variées et magnifiques. Je le conseille à tous les amoureux de l’Angleterre victorienne, de la peinture, de l’Angleterre.
En plus les citations des poèmes de Algernon Charles Swinburne (d’où le nouveau titre) m’ont donné furieusement envie de lire ses œuvres et des tas d’autres bouquins.


Il était plus que logique de faire entrer ce magasine dans le challenge Victorien.

Ci-dessous : Symphony in white n°III, James MacNeill Whistler (1867), huile sur toile.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Nouveauancien/8889.jpg

Rangé dans Magasines & Journaux le 9 mars 2012

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