Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson.

Publié en 2011.



http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/couv41926382.jpgRésumé : Pendant six mois, sur les bords sur lac Baïkal, dans la cabane d'un ancien garde forestier, Sylvain Tesson va vivre avec pour seuls compagnon, deux petits chiens, le lac et les livres. Une plongée dans un ermitage salutaire et parsemé de pages volées au temps compté.
« Je suis venu ici sans savoir si j'aurais la force de rester, je repars en sachant que je reviendrai. J'ai découvert qu'habiter le silence était une jouvence. J'ai appris deux ou trois choses que bien des gens savent sans recourir à l'enfermement. La virginité du temps est un trésor. Le défilé des heures est plus trépidant que l'abattage des kilomètres. L’œil ne se lasse jamais d'un spectacle de splendeur. Plus on connaît les choses, plus elles deviennent belles. J'ai rencontré deux chiens, je les ai nourris, un jour ils m'ont sauvé. J'ai parlé aux cèdres, demandé pardon aux ombles et pensé aux miens. J'ai été libre car sans l'autre, la liberté ne connaît plus de limite. J'ai contemplé le poème des montagnes et bu du thé pendant que je le lac rosissait. J'ai tué le désir de l'avenir. J'ai respiré l'haleine de la forêt et suivi l'arc de la lune. »

Mon avis : Quand je prépare un billet, j'aime bien aller lire ce que d'autres gens, blogueurs, journalistes en disent. Et là j'ai été déçue ; il arrive souvent que mon ressenti ne soit pas en phase avec ceux que je lis, mais là j'ai simplement dégouté. Peut-être parce que je me suis sentie en communion avec ce bouquin, que je sens cet appel de la cabane, comme dit Tesson, et que les considérations lues dans les billets m'ont juste découragé. Ok le bipède lambda ne songe pas forcément à aller se les geler au bord d'un lac vaste comme un petit océan, mais le dire de façon si terre à terre, si basse, si... j'aimerais pour une fois parler avec un lecteur qui ne cherche pas juste à voir du divertissement dans un bouquin.
Bref, ce bouquin je l'ai profondément aimé. Au début les phrases à aphorismes de Tesson me couraient sur le haricot, mais ensuite je me suis surprise, et ça m'arrive très peu souvent, à faire durer la lecture, afin de ne pas arriver au bout du texte. Ce bouquin a réussi à la fois à rendre ma semaine encore plus insupportable que d'habitude (la nuit on rêve aux berges immaculées du Baïkal, et la journée on bosse dans une cave avec une hindoue siphonnée), et magnifique. Magnifique parce que j'ai toujours cru que mon désir irraisonné d'aller vivre dans un coin perdu du monde était un caprice, une tocade. Lorsque j'ai vu pour la première fois les plaines de la Mongolie, je me suis dit, ok, c'est là que je veux vivre. Et en lisant Tesson, je me dit, je ne suis pas folle, l'ermitage c'est le bien.
Dans les forêts de Sibérie aurait pu s'appeler Sur les bords du lac Baïkal tellement le lac est un personnage. Une étendue blanche pendant l'hiver, recouverte d'une glace qui travaille ; en été, de l'eau qui ne demande qu'à s'échapper. Tesson s'installe dans sa cabane et se demande s'il arrivera à se supporter. S'il aura assez de vie intérieure pour ne pas regretter la sacrosainte civilisation. Et il se rend compte que la vision qu'on a au travers d'une petite fenêtre vaut cent fois celle du petit écran et des débilités qu'on peut y voir. Que coupé du monde, des magasins et de tout à porté de main, l'homme se rend fier de créer ses meubles, de trouver sa nourriture (sauf les pattes arrosées de tabasco cependant), et de simplement posséder enfin son temps. De pouvoir s'il le veut rester deux jours dans sa cabane à regarder par sa fenêtre, à lire, à dormir, à rêver. Ou alors d'aller explorer les montagnes alentour, de bivouaquer, de faire du kayak sur le lac Baïkal et d'observer les ours bruns au sortir de leur hibernation. L'ermitage devrait être un droit. Et dans mon petit studio, le rideau tiré, le silence installé, caché sous ma couette pour mimer la cabane, j'ai pu savourer six mois au bord du Baïkal.

Comme je l'ai dit, à la base, j'étais pas fan de l'écriture de Tesson. Je sortais d'Ermites dans la taïga et j'avais besoin de garder la même ambiance, et retrouver les noms russes, les cèdres, l'eau, la neige m'a fait un bien fou. M'attacher au fur et à mesure à sa description du lieu encore plus. J'ai aimé suivre ses pérégrinations, découvrir des extraits des bouquins qu'il lit, j'ai aimé ensuite ses phrases courtes, ses aphorismes, son humour. J'ai rêvé d'une cabane au bord d'un lac, d'une isba dans la neige, d'une tente dans les plaines de Mongolie.
Son écriture, presque contemplative incite à la rêverie, à la sieste volée à la journée. Sylvain Tesson retournera certainement au bord de son lac, je retournerais volontiers au bord de ce bouquin. La dernière page, celle que je ne voulais pas lire pour ne pas mettre de point final à l'histoire, m'a presque mis les larmes aux yeux, ce qui n'a aucun sens vu que c'est pas un truc hyper émouvant. C'est juste, c'est juste... c'est la conclusion d'un ermitage que j'aimerais avoir moi aussi volé au temps qui passe trop vite ici.

En deux mots :
S'il y a deux choses à retenir à mon billet trop décousu, c'est que ce bouquin est infiniment intelligent, beau et blesse le coeur quand on ne peut pas soi-même vivre à côté du Baïkal pendant six mois, un an, une vie.
Et puis, un mec qui emporte avec lui Des pas dans la neige d'Erik L'homme, est forcément quelqu'un de bien. Même punition que pour Ermites, Cécile, Méloë ça vous plairait. J'peux même vous le prêter si vous voulez.


http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/Anciens/anciennouveau/sylvaintesson4.jpg
C'est beau, on dirait un tableau d'un Russe du 18e.
Sylvain Tesson, dans sa cabane, peint par
Olivier Desveaux.

Rangé dans Littérature française le 6 janvier 2012

Par CecileSBlog le 7 janvier 2012
Ben, j'ai prévu de l'acheter quand il sortirait en poche en fait (comme pour le Antoine Bello en fait). Je ne doute pas qu'il me plaise parce que cela me fait rêver ce genre d'expéditions.
Par **Fleur** le 7 janvier 2012
Il m'a beaucoup plu également !

ps: bien reçu le livre merci !!!
Par Raison-et-sentiments le 7 janvier 2012
Tu as du gout c'est tout :)

PS / J'suis contente qu'il soit arrivé à bon port ! J'espère qu'il te plaira
Par Raison-et-sentiments le 7 janvier 2012
En tout cas si tu le veux plus tôt n'hésite pas à me demander :)
J'espère qu'ils utiliseront une peinture de Desveaux pour illustrer le poche !
Par Méloë le 7 janvier 2012
C'est typiquement le bouquin qui me rend euphorique sur le moment et me laisse dans un état de déprime absolue une fois refermé, tant ce qu'il renferme est à la fois attirant et inaccessible pour l'instant. Vivre en ermite, c'est mon rêve depuis que je suis capable de m'en souvenir. C'est un projet auquel je pense depuis longtemps et que je mûris plus particulièrement depuis quelques mois. Le grand froid, en revanche ne m'attire pas des masses, même si les paysages doivent être magnifiques. Je rêve plutôt d'îles écossaises ou du fin fond de l'Amérique profonde. Bon j'arrête de m'étendre sur ma petite vie.
Bref, encore un bouquin qui va me faire du mal mais que je dois absolument lire.
Par Raison-et-sentiments le 7 janvier 2012
C'est exactement ce que j'ai ressenti en le lisent -_- du bonheur et une déprime totale.
Bon moi je serais dans ma yourte en Mongolie et toi dans ton Amérique profonde, on s'enverra des pigeons voyageurs !

Au fait, la BD précédente te plairait aussi, mais je ne vais pas l'écrire à chaque fois XD
Par Relie le 7 janvier 2012
J'ai acheté le livre. Je l'ai au pied de mon lit. Je n'ose pas l'ouvrir. Parce que je sais, justement, qu'il va me mettre les chairs et le coeur à vif. A parler d'une vie qu'il a vécue alors que ce n'est qu'un rêve dans ma tête. J'en ai deux de lui. Pas un seul d'ouvert. J'attends "plus tard". Quand j'aurais vécu?
Mais peut être pas. Il va falloir les ouvrir, ces morceaux de rêves éveillés. :)

Je suis fragile face à ces livres. Trop forts. Bien trop forts pour moi.
Par Raison-et-sentiments le 7 janvier 2012
Je te les conseilles quand même :) Enfin celui que j'ai lu quoi ; je vais me procurer un album sur un de ses tours en vélo, ça a l'air génial !
Par bredouille le 19 janvier 2012
J'ai envie de lire ce livre depuis que j'en ai entendu parler, c'est génial que tu aies fait un billet dessus. Je ne l'ai pas trouvé décousu, au contraire je l'ai beaucoup aimé car tu l'as rendu très personnel :) Moi aussi j'ai un peu le désir de m'isoler pour vivre (et lire surtout :p ), j'espère que ce livre me touchera autant que toi quand je le lirai. En tout cas je repasserai par ici pour relire ton avis...
Par Raison-et-sentiments le 20 janvier 2012
Contente que mon billet t'ait plu alors, j'ai dû me maîtriser pour ne pas le ranger et l'organiser mieux le lendemain en enlevant les choses les plus personnelles écrites XD
J'espère que tu aimeras en tout cas et je suis très curieuse d'avoir de tes nouvelles à ce sujet :)
Par Novelenn le 26 février 2012
Vu dans La grande librairie, je rapproche ce livre d'Into the wild peut-être pour le rapport direct avec la nature, vivre en ermite. Je ne l'ai pas encore lu mais je sais qu'il va me plaire.
Par Raison-et-sentiments le 26 février 2012
Ouais c'est vrai qu'on pourrait le rapprocher, même si, ayant vu le film, je n'y ai pas du tout pensé.
 

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