La littérature en péril, Tzvetan Todorov.
Publié en 2007.
Challenge Le nez dans les livres - Emprunt Bibliothèque
L'auteur : Tzvetan Todorov (né en 1939 en Bulgarie et résidant français depuis 1963), est un directeur de recherche honoraire du CNRS, auteur de nombreux ouvrages sur les formes de littératures, etc.
Mon avis : J'ai mis plus de temps à écrire ce billet, tout du moins à le penser, que j'ai jamais fait pour ce blog. Je vais essayer de ne pas trop blablater en dehors du sujet du bouquin parce que je vais déjà écrire une tartine, alors soyez indulgent si mon propos vous semble fumeux et alambiqué, mais la matière de base l'est pour moi.
Dans cet ouvrage, Tzvetan Todorov, loin de fustiger le prétendu désamour des gens pour les livres (enfin le supposé désamour qu'on nous chante partout), il cherche à savoir d'où cela peut venir.
Et sa thèse est vraiment intéressante, mais longue a digérer dans mon cas et à vraiment mettre en perspective. On a beau se penser « libre » de pensée, cela va jusqu'à un certain point. Je m'explique Tzvetan Todorov (à répéter douze fois en se pinçant le nez pour plus d'effet comique) montre que c'est la façon dont est enseignée et considérée la littérature aujourd'hui qui conduit à la vision qu'on peut en avoir. Et si je n'ai jamais pu supporter les cours de français (comprenez-moi, j'adorais mes profs, j'adorais leur parler des bouquins que je lisais et des bouquins auxquels leurs cours me faisaient penser, mais l'étude des rimes, des genres, des courants... de tout le décorum en fait, me lénifiait complètement le cerveau), je pensais qu'il s'agissait tout bonnement d'un problème psychologique particulier à ma petite personne. En lisant Tzvetan Todorov je n'en suis plus si sûre.
« Il est vrai que le sens de l'œuvre ne se réduit pas au jugement purement subjectif de l'élève, mais relève du travail de connaissance. Pour s'y engager, il peut donc être utile à cet élève d'apprendre des faits d'histoire littéraire ou quelques principes issus de l'analyse structurale. Cependant, en aucun cas l'étude de ces moyens d'accès ne doit se substituer à celle du sens, qui est sa fin. [...] Les innovations apportées par l'approche structurale dans les décennies précédentes sont les bienvenus à condition de garder cette fonction d'outils, au lieu de devenir leur propre but. »
Todorov, lui-même un chantre de l'analyse textuelle, concède donc que cette étude est utile dans les études de lettres, et même avant, au lycée, au collège, mais qu'elle ne doit pas être la seule visée d'un cours « cette semaine on a étudié la métonymie, la semaine prochaine on passe à la personnification. ». Cette analyse, agrémentée de la contextualisation de l'œuvre, doit permettre de conduire à une meilleur compréhension du texte au sens « message » de l'auteur. Au sens où un texte s'inscrit toujours dans un dialogue entre l'auteur et le lecteur, mais aussi entre le lecteur et les autres mortels, et lui permet de « mieux comprendre l'homme et le monde, pour y découvrir une beauté qui enrichit son existence ; ce faisant, il se comprend mieux lui-même ».
Une autre grande ligne est discernable dans cet ouvrage, et c'est la dernière que je vais vous présenter ; si je devais vous parler de tous les paragraphes qui m'ont interpellé je vous citerais le bouquin in extenso. Alors si ce que je dis, donc en fait ce que Todorov dit, vous intéresse, autant lire le bouquin qui est court, et intéressant. Cette deuxième idée donc, est très intéressante et me laisse toute songeuse : « Désormais, un abîme se creuse entre littérature de masse, production populaire en prie directe avec la vie quotidienne de ses lecteurs ; et littérature d'élite, lue par les professionnels – critiques, professeurs, écrivains – qui ne s'intéressent qu'aux seules prouesses techniques de ses créateurs. D'un côté le succès commercial, de l'autre les qualités purement artistiques. Tout se passe comme si l'incompatibilité des deux allait de soi, au point que l'accueil favorable réservé à un livre par un grand nombre de lecteurs devient le signe de sa défaillance sur le plan de l'art et provoque, le mépris ou le silence de la critique. L'époque où la littérature savait incarner un subtil équilibre entre représentation du monde commun et perfection e la construction romanesque semble révolue. » Si je ne porte pas tous les auteurs et les genres littéraire en même estime, j'essaie de ne pas juger les lecteurs de ceux que je considère comme plus « accessoires ». Genre les bouquins Harlequins, les romances, le young-adult sirupeux. Après tout ils doivent sûrement penser que mes bouquins sont ennuyeux au possible et accessoires. Cela ne fait pas d'eux des idiots, ni moi, ni personne d'ailleurs. Mais
cette remarque de Todorov bouleverse un peu la donne. Il n'y aurait pas nécessairement cette dichotomie en littérature de masse et littérature « de qualité » ? Un syncrétisme des deux aspects serait possible ? Des bouquins plaisant au plus grand nombre (ce que l'on appelle un succès de librairie par opposition à un succès de la critique ; vous voyez déjà le jugement de valeur qui rentre dans ces qualificatifs ?), pourraient être aussi considérés comme intelligents et présentant une forme originale et non plus remâchée, et vomit à toutes les sauces ?
En deux mots : J'espère avoir réussi à vous montrer dans ce billet à quel point Todorov développe des idées intéressantes et qui pourraient montrer en quoi l'enseignement et a considération de la littérature à notre époque peut lui être néfaste. Il existe encore des tas d'autres idées à creuser dans ce bouquin, alors n'hésitez pas, même s'il m'a dérouté parfois par son érudition et sa relative complexité (mais bon je suis loin d'être un modèle de compréhension littéraire), lisez-le si vous en avez l'occasion.






Bon pour le problème de l'écriture je pense vraiment qu'on en fait tout un foin... je veux dire je ne nie pas l'existence du phénomène, ni son importante, mais il n'est pas ni si généralisé ni si systématique à mon humble avis. Il faut contextualiser aussi, cela ne fait pas énormément de générations que l'école est obligatoire et si suivie, avant combien ne savait ni lire, ni écrire à l'âge adulte, et maintenant ?