Théophile Gautier, souvenirs intimes d'Ernest Feydeau.

Publié en 1874.
 

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Résumé :
« Ainsi qu’on peut le voir, je m’exerce surtout, dans ces Souvenirs intimes, à restituer à mon ami sa physionomie véritable. Chacun a sa légende, légende tout faite, légende bête, qui est exactement le contre-pied de la vérité. »

Mon avis : Je n’étais jamais allée chez Mona Lisait depuis que je suis à Paris. J’avais entendu plusieurs fois mes profs en parler, mais rien à faire, je n’y avais pas posé un orteil. Jusqu’à la semaine passée où chouchou et moi y avons flânées avant de nous rendre au cinéma. J’ai découvert dans un coin d’étagère ce petit bouquin non coupé et j’ai su tout de suite qu’il était pour moi. Premièrement parce que j’aime couper des bouquins (pour ceux qui comme moi l’ignoraient jusque récemment, les bouquins, il y des années et des années n’étaient pas massicotés comme maintenant et chaque gentleman devaient se saisir d’un coupe papier affuté afin de terminer le boulot en séparant les pages en tête et de côté), puis parce que je suis amoureuse du 19e siècle et enfin parce que La morte amoureuse a été une grosse claque quand je l’ai lu. Et grand dieu, je suis ravie d’avoir acheté ses souvenirs intimes ! Cette lecture a été passionnante à plusieurs égards et m’a donné envie de lire des tas d’autres choses.

Ernest Feydeau, c’est le père, ou père supposé de Georges, vous savez le dramaturge. Ernest lui était un touche à tout. Il écrivait des romans (dont sa Fanny qui semble avoir fait grand bruit en son temps, et qu’il faut que je me procure), faisait un peu de commerce et de politique. C’était aussi l’ami intime de Théophile Gautier, et il côtoyait Gustave Flaubert, Sainte Beuve, les frère Goncourt et j’en passe et des meilleurs.
Dans son livre, surgissent à chaque coin de pages des figures qui vous font vous pétrifier sur place. Balzac pousse la porte et vous salue, le bon Théo vous donne un conseil d’écriture, Flaubert fait la causette, Baudelaire est insupportable (apparemment l’opium n’avait pas arrangé sa caboche). C’est l’une des choses que j’ai le plus aimé dans ce livre. De découvrir à tel les gens, ces si grands écrivains, et de les voir évoluer dans leur vie de tous les jours. De lire des extraits de lettres (celles de Théophile Gautier sont merveilleuses, il faut que je me procure sa correspondance de toute urgence), d’assister à la vie de Gautier, mais aussi à celle de son époque, de ses contemporains. D’écouter la façon dont il voyait son art, de comprendre le pourquoi de ses descriptions (les dix pages d’incipit du Capitaine Fracasse me sont encore en mémoire), de voir se dessiner devant moi l’homme caché derrière le portrait.
J’ai également aimé l’écriture. Les tournures de phrases désuètes mais ciselées et belles. Même si parfois vraiment très alambiquées. J’ai aimé imaginer ces messieurs en habits noirs, causant dans un salon, prenait une voiture fermée, voyageant, s’écrivant, préparant une copie, un article, une sortie. Nul besoin de le dire à nouveau, le 19e siècle a un pouvoir évocateur certain et inconditionnel sur mon faible esprit.

Seuls certains passages sont trop longs, peut-être trois dans le livre, où l’auteur sort de son sujet pour s’agacer d’un comportement de ses contemporains, de ses détracteurs. Et de découvrir ainsi la vie d’un des écrivains les plus importants de ce siècle et des autres, m’a donné plus envie que jamais de lire les travaux biographiques de Robert Sherard sur Oscar Wilde (son Boswell). De lire ici encore son avis d’époque sur le personnage. Et de ne pas être encombrée du filtre que les siècles imposent à la compréhension du sujet.

En deux mots : Ce bouquin est plus que passionnant ! Venez découvrir la vie d’un homme qui déjeunait avec Flaubert et Hugo, dinait avec Baudelaire et Sainte-Beuve, discutait de l’Art et du Beau et a façonné la littérature du 19e siècle.
Cela se lit comme un roman, un bon roman. Et ensuite on veut en savoir plus. J’aimerais tellement lire les articles que Gautier a écrit toutes sa vie, je me demande si le souhait de Feydeau que ses travaux soient compilés a été réalisé.

Rangé dans Littérature française le 14 février 2012

Par Méloë le 18 février 2012
J'adore aussi les bouquins non coupés Quand j'étais petite, on en ramenais parfois de brocantes avec maman, et je la regardais patiemment ouvrir chaque page...C'est un souvenir formidable qui sent le chocolat chaud et la poussière. Et comme il avait fallu attendre pour pouvoir découvrir le contenu du livre, j'avais l'impression qu'il s'agissait d'un trésor enfin mérité (oui, j'ai toujours eu l'imagination malade -_-).
Anybref, tu me donnes envie de relire Le roman de la momie et de me plonger dans Les Contes fantastique, que j'ai ici et de lire ce livre aussi, pour pouvoir rencontrer tous ces personnages ! Ca doit être merveilleux de les découvrir en "vrai" !
Par Raison-et-sentiments le 18 février 2012
J'ai cru que personne ne s'intéresserait à ce billet XD Tu me sauves la vie de mon petit cœur là.
Moi je ne savais pas ce qu'était un bouquin non coupé avant... genre quatre-cinq ans, je suis une inculte :D
Enfin bref toi tu me donnes envie de lire Le roman de la momie, dont Ernest parle dans son bouquin (c'est lui qui a donné l'idée à Théo apparemment et ils en parlaient ensemble vu qu'il était archéologue).

Anybref bref si un jour tu as très envie de le lire, je te le prêterais avec plaisir bien sûr !
Par Méloë le 18 février 2012
J'adore comme tu dis Ernest et Théo et je serais ravie que tu me le prêtes quand je serais rentrée :)
Par Raison-et-sentiments le 18 février 2012
C'est de la faute d'Ernest, il arrête pas de dire Théo dans le bouquin, du coup je me crois super proche d'eux :D
Je te le prêterais avec grand plaisir !
 

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