Maïté Coiffure, Marie-Aude Murail.
Publié en 2004.
S.T.A.R - 1er livre - Emprunt Bibliothèque
Résumé : Louis Feyrières doit faire un stage d’une semaine, comme tous les élèves de troisième. Où ? Il n’en sait rien. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aime pas l’école et qu’il ne se sent bon à rien. "J’ai ma coiffeuse qui prend des apprentis, dit Bonne-Maman, lors d’un repas de famille. Stagiaire, c’est presque pareil." Coiffeur ? C’est pour les ratés, les analphabètes, décrète M. Feyrières qui, lui, est chirurgien. Louis se tait. Souvent. Mais il observe. Tout le temps. Comme il n’a rien trouvé d’autre, il entre comme stagiaire chez Maïté Coiffure. Et le voilà qui se découvre ponctuel, travailleur, entreprenant, doué ! L’atmosphère de fièvre joyeuse, les conversations avec les clientes, les odeurs des laques et des colorants, le carillon de la porte, les petits soucis et les grands drames de Mme Maïté, Fifi, Clara et Garance, tout l’attire au salon. Il s’y sent bien, chez lui. Dès le deuxième jour, Louis sait qu’il aura envie de rester plus d’une semaine chez Maïté Coiffure. Même si son père s’y oppose.
Mon avis : Je suis toujours trois ans en retard avec les livres que je dois rendre à la bibli. Du coup je les lis la veille de les rendre, ou le matin ou pire sur le chemin ... là je m'y suis pris en avance, pensez je ne vais à la médiathèque que demain après-midi :) Alors en allant me coucher à 1 h34 (pour être précise) je me suis dit que j'allais commencer un peu Maïté Coiffure et résultat à 3 h 29 j'écris mon avis ... même si je n'ai fait que le premier jet que je rédige ça le lendemain matin (en gros je l'ai lu hier soir, même si je publie mon avis ce matin).
J'ai eu du mal à rentrer dans l'univers de Marie-Aude Murail, enfin du mal c'est trop dire ... j'avais aimé Oh, boy ! avec quelques réticences, le petit Mystère (avec les magnifiques illustrations de Serge Bloch) m'avait plu, Simple était drôle et différent, Maîté coiffure m'a ravie ! Comment ne pas se retrouver en Louis qui ne sait pas quoi faire de sa vie, qui s'ennuie à l'école et qui un jour croit rêver en trouvant sa place dans un salon de coiffure. En effet son père est chirurgien et pour lui il n'y a que les idiots qui dont un travail manuel ("- Le travail manuel a ses vertus, approuva sa femme d'une petite voix. Monsieur Feyrières lui jeta un regard de pitié : - Oui, la vertu de vous faire comprendre que vous avez intérêt à poursuivre vos études.")... sans compter que Louis n'a pas les mots pour exprimer ce qu'il ressent. L'ambiance du salon est très bien rendue et même si je ne suis pas franchement intéressée par la coiffure, j'ai aimé découvrir l'apprentissage de Louis, les clients, les autres coiffeurs, etc ... Et plus Louis commence à se passionner, plus les changements arrivent autour de lui, sa mère sort de la torpeur dans laquelle elle était installée, elle ose tenir tête à son mari, reprendre ses études ...
C'est subtilement écrit, justement dosé, intelligent, frais, drôle, triste. Un concentré qui fait que je n'ai pas lâché le bouquin avant de le finir (j'me disais en voyant l'heure avancer, encore une page et je vais me coucher, encore une page et je vais me coucher, encore ...). Louis est émouvant avec sa candeur et sa difficulté de parler ; avec l'appel qu'il ressent pour la coiffure. C'est franchement intéressant et enrichissant pour de jeunes lecteurs je pense, Marie-Aude Murail aborde des thèmes riches et différents (l'homosexualité, l'orientation, les préjugés ...) sans verser dans le pathos, sans non plus faire du militantisme fatiguant. Elle montre bien aussi la cruauté ordinaire et aveugle du père, encore plus choquante qu'elle semble normal au chirurgien qui a "réussi" et qui ne conçoit pas qu'on veuille faire autre chose qu'étudier longtemps ("- Oui, eh bien, maintenant que les enfants sont grands, je vais chercher du travail. Elle venait de le décider à l'instant. Mais on aurait pu croire qu'elle y pensait depuis plusieurs mois. - Toi ? Mais tu ne sais rien faire, remarqua son mari. Ce n'était même pas dit méchamment.") ...
Il y a bien sûr un petit raccourcis (je trouve) avec le retournement du père, un peu trop "théâtral" peut-être, ou rapide je ne sais pas trop, mais j'ai aimé tout le reste. La découverte de la passion, les histoires des autres personnages (même si j'aurais aimé qu'on en sache un peu plus sur Fifi et Manfred, je n'ai pas bien compris ce qui les unissait ; certes Manfred devait avoir le SIDA mais ... ?), l'épilogue qui s'improvise Vingt ans après mais pas pour les Mousquetaires, pour la bande de Maîté coiffure et qui met le sourire aux lèvres. Pour lui et son silence, son courage et son émotion.
En deux mots : Hier soir j'aurais écris : bon maintenant je vais me coucher, ce matin je serais plus volubile. Maïté coiffure est un beau livre pour tous les âges, intelligent, tendre et triste (ben c'est bien les livres subtilement triste, sisi j'vous assure), que je vous conseille :D Et hop c'est aussi l'ouverture du challenge S.T.A.R. de Liyah !





