L'auteure : Françoise Sagan, de son vrai nom Françoise Quoirez, (1935-2004) est une écrivain française. Après son bac elle s'inscrit à la Sorbonne ; c'est en 1953 sous pseudonyme qu'elle publie son premier roman qui fut un succès : Bonjour tristesse.Mon avis : J'ai toujours cette manie de ne pas terminer les livres, ou enfin pas tout de suite. Qu'un roman me passionne ou non, quand je sens venir la fin, que les pages ne sont plus qu'une dizaine, je m'arrête, souvent. Je trimballe le bouquin partout, je le regarde, le feuillette et j'attends. J'attends je ne sais pas trop quoi, puis je le termine. Soit en prenant mon temps ... longtemps. Soit en avalant tout d'un coup afin de ne pas trop me rendre compte de ce que je fais. C'est ce qu'il s'est passé encore une fois avec Toxique. Je l'ai presque entièrement lu hier, puis je l'ai reposé, caché sous une autre pile de livres. Et là en attendant que la fin de La grande librairie consacrée à John Irving charge (je rêve de lire L'oeuvre de Dieu, la part du Diable maintenant), j'ai baissé un peu mes volets, je me suis allongée sur mon lit et j'ai pris le bouquin à côté de moi. Parfois je somnole un peu pour retarder l'échéance ; je pense au texte déjà lu. Cette fois-ci j'ai dévoré. J'ai lu le texte sans bien comprendre que j'allais trop vite, que les pages se tournaient et que je ne le voulais pas. Alors ensuite je relis quelques passages et je viens vous en parler. Même si c'est ennuyeux et que ce n'est pas le lieu.
Toxique est le journal que Sagan a tenu pendant sa cure de désintoxication après un accident de voiture. Cassée de partout on l'a bourra de morphine pendant assez longtemps pour qu'elle devienne accro et doive entrer dans une maison spécialisée. Comme elle le dit si élégamment, l'air de ne pas y toucher, de loin, comme insensible à ce qu'on lise ce qu'elle a pensé, elle nous présente son récit : "En été 57, après un accident de voiture, je fus, durant trois mois, la proie de douleurs suffisamment désagréables pour que l'on me donnât quotidiennement un succédanée de la morphine appelé le "875" (Palfium). Au bout de ces trois mois, j'étais suffisamment intoxiquée pour qu'un séjour dans une clinique spécialisée s'imposât. Ce fut un séjour rapide, mais au cours duquel j'écrivis ce journal que j'ai retrouvé l'autre jour." Et que j'ai l'ai retrouvé l'autre jour. Voilà tiens je l'ai retrouvé et je vous le montre, mais ce n'est pas grave. Je ne sais pas ce qui me plaît le plus dans son écriture ; son élégance, sa distance, son air de ne pas y toucher, de nous raconter sans jamais tomber dans le pathos. Avec cette sorte de dandysme des mots, des émotions.
Ce sont de courtes pages, des récits journaliers ; des histoire de lecture, de ce qu'elle pense, de sa douleur, de ce qu'elle veut sortir. Mais pas dans la forme de L'herbe bleue pas exemple. Pas de récit détaillé et descriptif, ce sont quelques mots parfois pour nous parler ; on l'a voit presque assise sur une petite chaise bancale devant la fenêtre qui donne sur le jardin où se baladent les malades.
C'est aussi un peu frustrant. On ne sait pas vraiment ce qu'elle pense réellement. Elle nous évoque ses visiteurs sans qu'on sache les relations qu'elle a avec eux ; nous dit quelques mots de ses lectures, de son envie d'écrire enfin une nouvelle. On dirait plutôt qu'elle discute avec elle-même. Je ne sais pas ... son écriture c'est tout un monde de douceur et d'élégance. Le côté rétro et doucereux d'un roman se déroulant dans des années étranges et lointaines.
Le texte est illustré tout du long par des dessins de Bernard Buffet que je n'ai pas aimé. Pourquoi nous pourrir ça de femmes à poil toutes les cinq pages ? OK je suppose que c'est artistique itou. Mais l'art moderne m'a toujours laissé assez perplexe (à part Kandinsky et ses cercles je n'ai jamais pu aimer ces abstractions et autres trucs figuratifs ou censément modernes), et le travail de Bernard Buffet n'a pas fait exception.

J'ai aimé lire Toxique. J'ai aimé retrouver Sagan. Elle m'avait manqué. Quand je l'ai découvert avec Château en Suède on ne trouvait plus en librairie que Bonjour tristesse (que j'ai lu aussi d'ailleurs). Mais depuis son fils unique a réussi à refaire publier toute son œuvre chez Stock puis Le livre de poche. Et c'est merveilleux. C'est merveilleux et je vais continuer à la lire. Et merci à Georges et Delphine pour avoir organisé ce Challenge Sagan qui m'a "forcé" à m'y remettre.
En deux mots : Une belle lecture, trop courte. Du très beau Sagan. Très élégant.
Extrait : "Puis sur la terrasse, je discute avec Morrel, le docteur. Une dame étrange s'approche, brune, laide, ferrée en peinture. Elle répète sans cesse la même demande à Morrel.
J'apprends qu'Élisabeth, tel est son nom, et une schizophrène. Cette conversation à trois m'enchante, encore que je fasse très attention à ne pas la vexer."





