Tous les matins du monde, Pascal Quignard.
Publié en 1991.
Publié en 1991.
Résumé : « Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »
L'auteur : Pascal Quignard est né en 1948. Musicien et auteur de plusieurs romans et essais, il vit à Paris et à reçu le prix Goncourt pour son dernier livre.
Mon avis : J'avais déjà lu La leçon de musique que j'avais plus que moyennement apprécié ; en même temps, commencer par un essais sur la musique pour découvrir un auteur à l'écriture si particulière c'était peut-être pas très très logique. Mais bref, ma marraine m'avait refilé tous les vieux bouquins dont elle ne voulait plus il y a cinq ans (mon édition n'est pas celle ci-contre, mais celle de France Loisir) et ce livre en faisait partie et du coup j'ai redonné sa chance à Pascal Quignard et je dois dire que j'ai beaucoup plus aimé que la fois précédente.
Dans Tous les matins du monde, Pascal Quignard entreprend de reconstituer la vie de Jean de Sainte-Colombe, célèbre compositeur et musicien de viole au 17e siècle. Comme l'on sait très peu de choses de sa vie et de son caractère, il a donc à peu près tout inventé, si ce n'est qu'il ne fut pas musicien de cours, qu'il eut comme célèbre Marin Marais et qu'il ajouta une septième corde à la viole. Dans le livre de Pascal Quignard, Jean de Sainte-Colombe vient de perdre sa femme et est abruti de chagrin ; il entreprend d'éduquer ses deux filles avec rigueur et refuse d'être musicien à la cours du roi. Un jour un jeune homme, Marin Marais, vient pour le rencontrer et devenir son élève et rencontre les deux filles aussi belles l'une que l'autre.
C'est peut-être une erreur de présenter l'histoire ainsi, on peut s'attendre alors à un roman de fiction habituel alors que pas du tout. Si l'on parle des amours de Marin Marais et des filles de Sainte-Colombe, on parle surtout de Sainte-Colombe et de sa musique ; et de son chagrin d'avoir perdu son épouse. Et c'est l'écriture de Pascal Quignard qui est la plus remarquable ici ; bon au départ j'étais un peu perplexe parce qu'il a une manière bien a lui de parler des choses... en fait les phrases s'enchaînent comme un courant et nous apportent tout un tas d'informations qui peuvent sembler contradictoires, surtout au début de l'ouvrage quand il entreprend de présenter le caractère de Saine-Colombe.
Mais c'est surtout très beau, très poignant quand il parle de la douleur de Sainte-Colombe; surtout dans cette phrase que j'ai mis en titre d'article : "Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. "
L'histoire est intéressante, toute en retenue, donne envie de s'intéresser de plus près (en tout cas pour ma part) à cette période de la composition musicale (quelle belle phrase).
En deux mots : Une agréable surprise ; une douce lecture et une belle écriture.



