Le Petit vieux des Batignolles, Émile Gaboriau.

Publié en 1870.
Emprunt Bibliothèque.


http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/images/9782867465185.jpgRésumé : Un crime, un policier-enquêteur et pour finir, un coupable. Classique - mieux - historique, puisque ce roman policier date de la fin du Second Empire ; mais aussi un polar, un vrai. Méchinet, dans la grande lignée des Sherlock Holmes, Hercule Poirot et autres Maigret, attend. Il est patient, Méchinet ; il sait qu'il lui suffit de reprendre tranquillement son enquête de zéro pour dénouer l'énigme : et donc, débonnaire, attentif aux conseils de sa femme, frondeur à l'encontre des autorités supérieures, il avance pas à pas pour découvrir qui a tué le petit vieux des Batignolles.

L'auteur : Émile Gaboriau (1832-1873) est un écrivain français précurseur du roman policier avec Edgar Allan Poe. Ancien militaire et secrétaire de Paul Féval il commence par publier des récits en feuilleton dans des revus à fort tirage comme Le soleil ou Le petit journal. Ses romans Monsieur Lecoq et L'affaire Lerouge vont le faire connaître du grand public et donner au roman policier un aspect scientifique et politique qu'il n'avait pas jusque là.

Mon avis : J'avais entendu parler d'Émile Gaboriau par Sherlock Holmes himself dans Une étude en rouge, ou plutôt par ce cher Watson qui demandait à son ami ce qu'il pensait de ses homologues, et bien cela m'avait intrigué. Depuis j'avais acheté chez Emmaüs un roman de lui de belle taille que je ne me décidais pas à ouvrir, mais en passant à la médiathèque j'ai trouvé cette courte nouvelle édité chez Liana Levi dans la collection Piccolo, et comme je l'aime beaucoup, j'ai craqué (ce qui on l'avouera ne m'aura pas coûté énormément). Le petit vieux des Batignolles est une courte nouvelle policière (à peine 94 pages), ou chronique judiciaire comme l'appelait Gaboriau. Notre narrateur, un étudiant en médecine a pour voisin un curieux monsieur Méchinet. Il n'est pas rare qu'il le voit sortir et rentrer chez lui complètement grimé en quelqu'un d'autre ; qu'il sorte à toute heure du jour ou de la nuit pour quelque mystérieuses expédition, ou qu'il prise de façon imaginaire dans une tabatière vide.
Le jeune homme intrigué par ses manies et curieux de savoir ce qu'il peut faire dans la vie se retrouve un jour entraîné dans une enquête avec ce bon monsieur Méchinet. Un homme a été tué rue des Batignolles et il a laissé écrit dans son sang le nom du meurtrier … l'affaire semble dans le sac, mais c'était sans compter le flair de monsieur Méchinet.

Première remarque, j'ai pris énormément de plaisir avec l'écriture d'Èmile Gaboriau. Ses mots sont choisis, ses phrases agréables à lire et son style emprunt de cette délicieuse décadence et parfum du Second Empire. On parle de l'heure de l'absinthe, les agents de la sureté emballent les prévenus dans leur voiture et les belles dames en grand deuil porte des voiles de crêpes noirs. Godeuil, notre narrateur, nous raconte les manies de son voisin, Méchinet, sa perplexité quant à la nature de son métier. Ce qui n'est pas sans rappeler l'ouverture d'un certain roman … et à un moment quand il est question de déguisements et de changement de physionomie j'ai même eu quelques sueurs froides. J'ai du mal à découvrir dans des romans antérieurs à lui des ressemblances avec mon détective favoris (j'ai vraiment besoin de préciser de qui il s'agit ?), comme si je me sentais trahie par SACD … mais enfin la ressemblance s'arrête là et j'en suis forte aise comme dirait l'autre.
L'enquête n'est à vrai dire par très développé, et avec ce format de nouvelle ce n'est pas étonnant. Mais il y a déjà ce petit quelque chose qui accroche le lecteur, le coupable est trouvé selon les lettres de sang tracés par le mort, mais il se trouve qu'il est innocent … alors qu'il avoue sa culpabilité ! Que penser ? Méchinet se tromperait-il, une sombre machination serait-elle en branle, ou bien comme le dit le digne juge de paix faut-il simplement attendre que l'instruction éclaire les détails de ce crime sans se soucier des indices relevés par le limier ?
On découvre aussi que Méchinet prend toutes les précautions pour protéger son épouse des vengeances des misérables qu'il a mit en prison et qu'il n'hésite pas à discuter de l'affaire avec elle. Il semblerait qu'elle apporte un éclairage nouveau à ses déductions et lui permettent d'entrevoir des mobiles auxquels il n'aurait pas songé tout seul. C'est une scène que j'ai d'ailleurs beaucoup apprécié, tellement je l'ai peu lu (c'est à dire jamais) dans les autres romans policiers qui sont mon ordinaire.

En deux mots : J'ai globalement beaucoup apprécié cette plongée dans l'univers d'Emile Gaboriau ; l'ambiance, l'écriture et les personnages m'ont séduites (quoique Godeuil soit un peu agaçant parfois, et Méchinet pas aussi fort que je l'aurais souhaité). L'enquête et les déductions ne sont peut-être pas assez développés à mon goût, mais pour l'une des premières histoires policières écrites cela me semble plutôt compréhensible. A coup sûr je vais continuer de lire les romans de M. Gaboriau !

Extrait : « - Tu m'as mal compris, mon ami, objecta la jeune femme …
Monsieur Méchinet ne l'entendit même pas.
Il venait d'enfourcher – je connus ce détail plus tard – un dada favoris qui l'emportait toujours.
- Parbleu ! Poursuivit-il, tu as de singulière idées, madame ma femme. Quoi ! Je suis une des sentinelles perdues de la civilisation, au prix de mon repos et au risque de ma vie, j'assure la sécurité de la société et j'en rougirais ! … Ce serait par trop plaisant. Tu me diras qu'il existe, contre nous autres de la police, quantité de préjugés ineptes légués par le passé … Que m'importe ! Oui, je sais qu'il y a des messieurs susceptibles qui nous regardent de très haut … Mais sacrebleu !  Je voudrais bien voir leur mine si demain mes collègues et moi nous mettions en grève, laissant le pavé libre à l'armée de gredins que tenons en respect !
 »

Rangé dans Littérature française le 11 juillet 2011

Par petitelunesbooks le 11 juillet 2011
ça pourrait être intéressant, malgrè les petits défauts que tu as remarqué. J'irai jeter un oeil à la médiathèque mais j'ai peu d'espoir. Enfin, je retiens quand même l'auteur dans un coin de ma tête...
Par Raison-et-sentiments le 11 juillet 2011
Franchement c'était une agréable lecture :) Et puis Gaboriau c'est une référence dans le policier et SACD l'aimait beaucoup apparemment !
Par petitelunesbooks le 11 juillet 2011
je tenterai un jour, sûrement. J'ai une nette préférence pour le policier 'classique' et pas les thrillers modernes qui ne m'attirent pas pour le moment. Doyle, Christie... que du bon, quoi. Alors, sûr que je voudrais essayer Gaboriau au moins une fois :)
Par Raison-et-sentiments le 12 juillet 2011
On a les mêmes gouts en matières de policier alors :D Moi non plus les thriller ou les polars modernes ne sont pas mes préférés (à part quelques rares exceptions), alors Gaboriau, Poe, Doyle et Ellery Queen (franchement c'est aussi un truc que je te conseille !) ce sont les meilleurs :)
Par bredouille le 14 juillet 2011
Ça me plaît bien ce truc de discuter de l'enquête avec sa femme ^^ (ouais je m'accroche aux détails)
Par Raison-et-sentiments le 14 juillet 2011
Mais c'est bien :) Puisque l'enquête est courte, ça arrive vite et ça en fait un élément plutôt majeur ^^
Par Méloë le 15 juillet 2011
J'adore le ton de l'extrait que tu nous a mis! En plus je suis presque certaine qu'il y un ou deux bouquins de cet auteur à la maison, dans la bibli de ma mère. Il va falloir que je farfouille pendant les vacances.
Par Raison-et-sentiments le 15 juillet 2011
Et toute la nouvelle est comme ça :)
J'espère que tu feras de belles découvertes !
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/trackback/3122061

 

<< Rayon précédent | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | Rayon suivant >>

Créer un podcast