Un endroit pour vivre & Brise glace, Jean-Philippe Blondel.
Publiés en 2007 et 2011.
Emprunt médiathèque pour Brise-glace.

Résumés : Un endroit pour vivre : « C'est à cause du nouveau proviseur - M.Langlois. De ses discours autoritaires. De sa façon d'insister sur tous les mots négatifs qu'il emploie : ne pas, interdit, plus jamais, personne. De la manière dont ils le regardaient tous - comme des moutons -, les yeux mouillés, un regard glissé par en dessous, obéissants, jugulés. Ça m'a bouffé. » On a beau être un élève réservé, sans histoires, il y a des sermons, des injustices, qui ne passent pas.
Brise glace : Aurélien, nouveau dans son lycée, est du genre solitaire qui n’aspire qu’à se fondre dans le décor. Pourtant, un garçon de sa classe, Thibaud, semble s’intéresser particulièrement à lui ; il convainc même Aurélien de participer à une soirée slam. Dans la pulsation des mots, Aurélien arrive enfin à faire craquer la glace qui l'enserre ; il commence à se libérer du poids d'un passé douloureux.
Mon avis : Avant tout je précise que ces bouquins n'ont aucun liens entre eux, sauf d'être celui du même auteur. J'avais envie de faire un billet pour les deux voilà tout. Depuis Et rester vivant, je suis un peu embêtée pour parler des livres de Jean-Philippe Blondel que j’ai lu. Non pas qu’ils ne m’aient pas plu, au contraire, mais à l’image du susnommé, pour parler de ma lecture, je dois parler de moi, parce que ce qui m’a touché, fait réagir dans les bouquins est directement en rapport avec moi, avec mon « histoire » (j’ai un sens de la formule incomparable pas besoin de me le dire). Alors bien sûr je ne suis pas obligée de vous en parler, et puis je doute de l’intérêt même de ce que je vais raconter, et puis j’ai toujours très envie de supprimer mon billet sur Et rester vivant parce que j’y ai mis trop de moi-même comme dirait Basil (mais si vous savez, Basil dans Dorian Gray), mais hors donc je vais quand me jeter à l’eau parce que.
Ceux qui suivent le blog savent sans doute que samedi dernier j’ai assisté avec Lynnae à une conférence-dédicace avec l’auteur. Ça été plus que super, je ne sais même pas comment décrire cela. Quand tu tombes sur un auteur avec qui tu es en communion, qui parles de choses que tu croyais être la seule à penser, et qu’il le dit le plus naturellement du monde, tu te dis, ok c’est bon je ne suis peut-être pas… enfin vous voyez. Je ne lui ai pas dit un mot, j’ai bafouillé mon prénom, j’ai tremblé devant lui, mais putain qu’est-ce que c’était bien. Et du coup bien sûr j’ai eu envie de le lire de suite, d’abord Un endroit pour vivre que j’ai acheté sur place. Un très court texte qui se lit en une demi-heure, écrit pour être lu à voix haute. Je commence à le lire, une première fois, et je me demande si l’auteur va réussir à m’emporter. Et je doute jusqu’à la toute fin, et la bam, je ne peux pas m’empêcher de tourner les pages et de sentir mon petit cœur se serrer (je suis une grande sentimentales, vous l’ignoreriez gentle serpolets ?). Puis je l’ai lu une deuxième fois en partie à voix haute, un peu comme Faust, et j’ai pris mon temps. J’ai pu gouter plus avant à la saveur du texte. La fin est vraiment étonnante. Vraiment chouette, vraiment vraiment. Tiens chouchou, si tu lis cela dans ton lointain exil tu devrais aimer (enfin je sais que tu devrais aimer, mais je fais semblant de ne pas savoir pour préserver le suspens). Mais je ne voulais pas faire un billet complet dessus quand même, un aspect du bouquin m’avait gêné (dont je reparlerais plus bas), et puis bon.
Voilà ensuite que je me dis que j’ai emprunté Brise glace à la médiathèque il y a quelques semaines, et que j’ai très envie de le lire maintenant que j’ai entendu l’auteur en parler. Alors je le commence, il est une heure et demie du matin, je dois me lever à six heures. J’arrête de lire à trois heures (autant dire que là dans le train je suis un peu décalquée, et qu’en plus prendre le bus que j’utilisais au lycée pour aller à la gare, ça n’aide pas à se mettre les idées en place). Et là je rumine. Parce que le bouquin est plus long, parce que comme Un endroit pour vivre il a remué des trucs chez moi, des trucs qui m’ont gêné. Les deux bouquins sont narrés par des lycées de première, se déroule dans un lycée, et parle du lycée. Moi le lycée, je préférais l’enterrer et ne plus y penser. Et pour des raisons qui me sont propres j’ai du mal à imaginer des narrateurs si jeunes (dit la vieille de vingt et un ans), parler si bien (je me demande comment j’aurais parlé à leur âge si j’avais seulement eu l’occasion de tenir de telles discussions), et aussi que des élèves d’un lycée, soit si… sympathiques, tolérants, ouverts d’esprit aussi. Mon expérience me dit que dans le lot la moitié est composée des salopards suiveurs et abrutis, et que l’autre moitié ne vaut pas mieux, du coup j’ai du mal avec la vision que je dirais optimiste de Blondel. Mais ensuite je me dis que c’est ma « situation » particulière, mon caractère, qui a fait que j’ai vu le lycée comme ça. Et que je me dis que je n’ai pas du tout envie d’y repenser, et que je ne préférais pas approfondir la vision de Blondel parce qu’il faudrait que je reconsidère toute cette période et que j’essaie de me souvenir comment on pouvait y parler, comment les gens pouvaient interagir. C’était le quart d’heure psychologie.
Alors voilà voilà pourquoi je suis embêtée. Parce que ces bouquins m’ont plu ; dedans j’ai été frappé par des phrases d’une justesse affolante (quand tu les lis, tu te dis juste, mais putain c’est ça, c’est ça), parce que dans Brise glace j’ai tremblé avec le narrateur (même si euh bon la fin, enfin le mystère de copain du narrateur est un peu téléphoné les enfants), et puis parce que j’ai entendu l’auteur en parler et puis parce que je n’arrive pas à réduire ces bouquins à leurs qualités disons structurelles intrinsèques (ce qui se sera beaucoup plus évident et éviterait la logorrhée que je viens de vous pondre), et puis parce que je me sens, profondément, indéfectiblement (j’aime bien les adverbes), en communion avec l’auteur et que ça n’arrive pas souvent.
En deux mots : Un avis qui ne sert pas à faire avancer le schmilblick (mais de toute façon je ne suis pas pharmacienne, je ne suis pas censée vous prescrire quoi que ce soit). Je dirais, lisez Blondel, et vous verrez comment votre sensibilité y répond. Moi j’ai été frappée par ses phrases, ses narrateurs, ses histoires, et même si je pourrais arguer sur les qualités purement formel du truc, je n’ai pas envie parce que.
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Et oui, tu avais raison, et tu as très bon goût :p