Deux filles sur le toit, Alice Kuipers.
Publié en 2010.
Emprunt Bibliothèque.
Publié en 2010.
Emprunt Bibliothèque.
Résumé : « Je fixe les mots noirs comme des petites araignées, les regarde tisser leur toile. Il y a quelque chose de plaisant à remplir une page blanche, même si je n’avouerai jamais cela à Lynda. Ce cahier vierge, elle me l’a donné quand je suis allée la voir mardi.– Écrire dans ce cahier t’aidera à te souvenir.
– Et si je n’en ai pas envie ?
– Tu devrais, à mon avis.
– Ça ne changera rien.
– Faudrait peut-être que tu essaies.
J’ai levé les yeux au ciel. »
Mon avis : J'aime beaucoup cette maquette de couverture. Le jeu de typographie, la police du titre, la couleur, les deux personnages, la teinte de fond, tout est vraiment très bien pensé et joli. Cependant, j'aurais aimé un petit vernis sélectif sur le titre, un vernis irisé ou métalique peut-être pour faire ressorti sa si jolie couleur légèrement turquoise et sortir un peu plus du fond noir. Par contre le titre, je le trouve... moyen. Trompeur. L'auteure a appelé son bouquin Lost for words et on nous transforme ça en Deux filles sur le toit ? Ce n'est même pas beau. Deux filles sur un toit à la limite, mais quand même, comment peut-on s'éloigner de l'original à ce point et perdre son intérêt par rapport au texte ?
Enfin bref, passons au livre. J'étais tenté depuis un moment, surtout par la couverture, le tire et ce que je pensais comprendre de ce titre. Un truc du genre L'ardoise magique de Valérie Tuong Cong, alors qu'en fait ce n'est pas du tout le cas. C'est beaucoup plus intéressant et particulier en fait. Et s'il n'y avait pas eu cette particularité dont je vais vous parler, je ne sais pas si j'aurais fait de billet sur cette lecture. Parce que oui, elle m'a plu cette lecture, elle m'a touché un peu, mais tout ça ne fait pas un billet. Mais passons à ce que j'ai aimé.
J'ai d'abord été séduite par la forme de journal intime de l'ouvrage, c'est dynamique et bien mené. On n'a pas une narration trop élaborée par rapport au support, c'est plus réaliste et entrainant. Ensuite notre narratrice, Sophie, est une adolescente complètement perdue depuis la mort brutale de sa sœur, elle fait des crises de paniques, ne comprends plus les apparences de la société, n'arrive pas à rentrer dans le moule et à s'oublier comme elle le voudrait. Elle est attachante. Elle n'est pas pénible ou trop geignarde. Les étapes par lesquelles elles passent pendant le bouquin reflètent bien à mon sens ce que l'on peut vivre pendant l'adolescence. Et puis, sa façon de se souvenir, d'évoquer sa sœur, ses souvenirs, jusqu'à arrive au jour du drame est bien gradée et pas trop rapide. Et la révélation sur la façon dont est morte sa sœur, est très intéressante. Elle met en effet en scène les attentats du métro de Londres en 2005. Sophie et sa soeur se retrouvent parmi les victimes des poseurs de bombes et le fait qu'on apprenne leur histoire en marge du drame, je veux dire de la face politique du drame est intéressante parce que justement on ne parle pas de terrorisme, ni d'islamisme. On parle des effets d'un tel traumatisme. De ce que cause ces bombes et ces attentats sur les victimes. On ne parle pas des bourreaux, mais des victimes qui ont autant sinon plus le droit à la parole.
Mais justement, un tel sujet nécessitait tout de même un traitement politique léger. Pour toile de fond, évoquer l'ambiance dans l'école de Sophie envers les élèves et enseignants de type « arabe » aurait été intéressant et ici hors deux-trois allusions, ce n'est pas fait. Ça fait donc perdre au bouquin une portée supplémentaire qu'il aurait pu avoir et c'est dommage.
Le bouquin d'Alice Kuipers est fluide et juste dans l'exposition des sentiments de ses personnages. Il permet de découvrir une autre vision des répercussions des attentats de Londres et c'est vraiment intéressant pour un bouquin jeunesse. Sauf que, pour moi, lectrice râleuse ce n'est pas suffisant. J'ai besoin qu'un bouquin n'aille pas trop vite et ne se résolve pas si facilement. Certes la fin n'est pas incongrue ni particulièrement bâclée, pas du tout même, mais elle attendue et arrive comme on s'y attendait justement. Un peu plus de complexité, quelques pages supplémentaires auraient permis à mon sens de donner au autre relief au texte.
En deux mots : Une agréable découverte. L'écriture d'Alice Kuipers est fluide et permet de lit ce récit sans problème. Sophie est touchante et on s'attache à elle. Le ressort de l'intrigue si je puis dire, m'a plu et ouvert de nouvelles perspectives quant aux conséquences d'une évènements aussi affreux et innommable qu'un attentat à la bombe. Cependant, pour le genre de lectrice que je suis, cela ne suffit plus. J'aurais aimé un peu moins de facilité et plus de pages.
En lisant, j'ai pensé au livre de Ricardo Ménendez Salmon, Le correcteur qui lui se passe le jour de l'attentat de la gare d'Atocha à Madrid en 2004. Il faudrait que je le relise.
Traduit de l'anglais par Dorothée Zumstein.
Lost for words





