Le passeur, Lois Lowry.
Publié en 1992.
Publié en 1992.
Résumé : Le monde de Jonas est calme et juste. Tout y est à l'Identique ; la pauvreté et le chômage n'existe pas, les gens n'ont pas à faire de choix douloureux, tout est pensé pour eux. La précision du langage est enseigné dés le plus jeune âge pour éviter les quiproqoo et chaque individus sait qu'il se verra confié un travail qui lui correspondra à la perfection.L'auteure : Lois Lowry (née en 1937) est une romancière américaine auteur de dizaines de dizaines de romans. Après des études épisodiques de lettres, avoir été journaliste, photographe, elle se lance dans l'écriture et publie son premier roman en 1977. Elle est l'une des cinq écrivains "jeunesse" à avoir reçu deux fois la prestigieuse médaille Newbery qui récompense le meilleur livre pour enfant américain.
Mon avis : J'aime Lois Lowry depuis des années, depuis que j'ai lu L'élue par erreur. Et ce bouquin je l'ai vu de dizaines de fois en librairie, en bibliothèque, sur des blogs (Méloë me harcelait d'ailleurs légèrement pour que je le lise), mais je n'avais jamais sauté le pas ... la couverture ne m'inspirait pas, et je n'avais pas lu le résumé ... mais en le trouvant pour 50 centimes à Emmaüs toutes mes réticences ce sont envolées et je l'ai commencé dimanche. Et waouh, dés les premières pages j'ai été soufflé par la maîtrise, la justesse et l'équilibre de la narration de Jonas. Aucun mot n'est à retrancher, chaque phrase semble parfaite, chaque mot à sa place. Lois Lowry déroule son écriture comme un magnifique ruban et l'on ne peut que l'a suivre tout le long de cet hélas trop court ouvrage.
L'histoire du Passeur est de celle qui semble à la mode en ce moment ; un monde futur où tout est conçu pour le bien de ses habitants (cf. Le meilleur des mondes, 1984, Farenheit 451), mais qui en définitif nous horrifie par la façon dont elle bride les libertés et les sentiments de ses personnages. Dans le monde de Jonas, aucun sentiments, aucune couleur, aucun choix ... comme il le dit lui-même : " Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser les gens faire des choix. - Ce serait dangereux ? suggéra le Passeur. - Tout à fait dangereux, répliqua Jonas avec assurance. Et si on les autorisait à choisir leur conjoint ? Et s'il faisait le mauvais choix ? " Et Jonas aurait surement suivit la voie de tous les autres s'il n'avait pas été choisi pour une autre tâche qui va lui ouvrir les yeux ...
C'est le récit triste et puissant d'un jeune garçon qui va découvrir la vérité sur la société qu'il trouvait si sécurisante, si rationnelle. C'est juste, c'est émouvant, c'est triste. J'ai déjà lu plusieurs récits de ce type, et le dernier en date Promise, donc forcément les "innovations" de cette société idéale ne m'ont pas surprise, mais la façon dont elles sont exploités, la façon dont elles sont exposés au lecteur, avec un tel naturel, une telle assurance est bluffant. La technologie est omniprésente, mais tellement discrète, tellement effleurée que l'on ne pense pas que toutes les conversations, toutes les actions des citoyens sont enregistrées et surveillées ; que chaque génome est modifié pour que les gens soient uniformément identique, que les naissances sont contrôlées, etc ... La façon aussi où rien n'est caché, où aucun mensonge n'est dit ou presque et la façon dont elle peut contrôler les gens avec facilité est excellemment bien imaginé.
L'écriture de Lois Lowry est donc parfaite, merveilleuse à découvrir, mais son monde n'était pas nouveau pour moi, aussi suis-je persuadée que si je l'avais lu plus jeune j'aurais été soufflé et que je l'aurais préféré à Meilleur des mondes qui m'avait tant assommé plus jeune. Mais cela me fait également dire que c'est un livre idéal à tous les âges ; les plus jeunes seront confrontés avec un bijoux de littérature (à part le lecteur précédent de mon volume qui écrit si poétiquement "nul" sur la couverture) et découvriront l'importance des souvenirs, des choix. Les plus vieux retrouveront les thèmes importants de la littérature du genre utilisés avec talent et une écriture parfaitement maîtrisée.
J'ai été un peu surprise par la façon dont Lois Lowry exploite les souvenirs et la mission du Passeur dans ce livre, en plus que la façon dont il se
termine. Mais je sais que je vais relire ce volume, que je vais me poser d'autres questions, et surement je trouverais mes réponses. Mais malheureusement, ce volume est vraiment court. Avec sa richesse, les possibilités de développements possibles, le fait qu'il ne soit pas si épais est rageant. En même temps, il échappe ainsi à l'écueil moralisateur qu'on pourrait faire (le Passeur comprend bien que si les gens vivent ainsi c'est parce qu'on les a conditionnés et qu'ils n'imaginent même pas un instant qu'une autre réalité peut exister), et le prévisible soulèvement sanguinaire. En définitif même si elle ne me convient pas encore à 100 %, cette fin est intelligente et permet de choisir soi-même ce que l'on veut lui faire signifier.En deux mots : Ce n'est pas ce que l'on pourrait étiqueter un coup de cœur, mais c'est tout de même une sublime découverte ! L'écriture de Lois Lowry est parfaite, son intrigue intelligente, et les pistes de réflexions qu'elle nous offre ne le sont pas moins. Je ne peux que vous conseiller fortement la lecture du Passeur.
Traduit de l'anglais par Frédérique Pressman.





