
« On m’a demandé de vous virer », Stéphane Guillon.
Publié en 2010.
Emprunt Bibliothèque - Histoires drôles
L'auteur : Stéphane Guillon (né en 1963) est un comédien et humoriste français. Après avoir fait le portrait d'invités au côté de Stéphane Bern au « Fou du roi » et pendant trois ans des interventions sur Canal +, il a animé une petite chronique de quatre minutes sur France Inter jusque juin 2010.
- On m'a demandé de vous calmer -
Mon avis : J’avais découvert avec plaisir les chroniques radiophoniques de Stéphane Guillon sur papier il y a peu grâce à un partenariat avec Points et Livraddict, et du coup quand « On m’a demandé de vous virer » est sorti, j’étais curieuse de voir ce que cela pouvait donner, mais plutôt trop sur la paille pour acheter neuf, même en poche. Du coup quand je l’ai découvert dans une section de ma médiathèque où j’irais fouiller plus souvent à l’avenir (y a pleins de correspondances d’écrivains, de livres sur les livres, de listes, etc.), j’étais ravie ! Et je le suis plus encore à la fin de cette lecture. J’ai un peu de mal avec les romans en ce moment ayant d’autres soucis en tête et m’attacher à ce point à un livre, réagir, ressentir ces émotions m’avait manqué. Oh sont été des émotions plaisantes, le rire (j’ai bien ricané dans le métro, dans le TGV, dans mon lit), mais moins aussi. La tristesse découvrir des injustices, mais la colère également à cause des frasques des gens qui sont censés nous « diriger », nous donner « l’exemple » ou nous sortir de la crise dans laquelle ils ne cessent de nous replonger.
J’ai aussi eu l'impression que ces chroniques parlaient de sujets plus graves que le recueil précédent, à croire que nos chez amis en costumes et tailleurs se sont surpassés. Et voilà qu’on interviewe un tyran en voile Hermès, qu’on est condamné pour injures raciales mais qu’on reste ministre, qu’on mette des réfugiés dans un charter pour un pays en guerre, qu’on serre la vis au plus pauvres mais qu’à côté de ça on s’affrète un jet, un falcon pour ne pas louper un diner quand même aller en réunion… mais comment peut-être faire preuve d’une telle schizophrénie ? Faire croire qu’on veuille aider les gens et se comporter comme le pire des salopards ou des abrutis. En plus Guillon me semble y aller « plus fort », déployer son piquant et sa satire avec plus de maestria. Comme s’il savait (enfin il pouvait s’en douter) qu’il ne serait pas un an de plus sur les ondes.
Ça permet aussi de se rendre compte des réactions complètement pitoyables et grotesques des politiques à l’écoute (ou à la non écoute) de ses chroniques. Bien sûr qu’on se moque d’eux, la satire c’est fait pour ça ! Mais s’ils ne se donnaient pas les bâtons pour se faire battre il n’y aurait pas de problème, pas besoin de satire… Le plus drôle c’est quand le ministre de l’immigration traite Guillon de raciste. Si lui est raciste, je le suis autant, et on a qu’à ouvrir un club. A chaque fois qu’on serait condamné pour injures raciales on s’offrirait une tournée générale. Ah non zut non, c’est à un ministre que c’est arrivé ça.
Mais enfin bref je ne vais pas continuer dans ce registre, je vais citer Guillon en fin d’article, ce sera amplement suffisant. Parlons un peu de la forme maintenant que le fond est évoqué. Chaque chronique fait trois pages et c’est plaisant parce que Guillon concentre tout son talent comique, satire en peu de phrases et nous donne envie de continuer le bouquin rapidement. Comme dit plus haut j’ai ri, beaucoup, ait grincé des dents, me suis souvenue pourquoi suivre les infos étaient un truc que je ne fait plus et qui ne me fait pas regretter de ne pas avoir la télé à mon appartement.
Comme pour l’ouvrage précédent, Guillon note en mot de la fin que son épouse (compagne ?) a aidé à mettre en forme écrite ses billets écrits pour être joués à l’oral, et si j’avais trouvé ça très bien dans l’ouvrage précédent, j’ai été moins satisfaite dans celui-là où des répétitions un peu lourdes et des phrases un peu bancales jurent avec le reste.
En deux mots : Une lecture que je suis ravie d’avoir faite ! Guillon est toujours aussi mordant et drôle. Une vraie fresque de notre année passée (enfin l’année d’avant mais ça reste si présent qu’on peut le lire sans problème, comment oublier les perles de nos politiques, des footballeurs ?) criante de vérité.
Maintenant je pense que je vais lire les recueils précédents sortis sous sa plume et rassemblant ses autres interventions dans divers médias.
Extraits : « Je suis très embêté, il paraît que le vaccin contre la grippe A n’est pas fiable.
Ils ont mis dedans tout un tas de saloperies : aluminium, mercure, squalène, sans en connaître vraiment les effets secondaires. Dans le squalène, il y a du carbone, si ça se trouve, ils en ont mis juste pour qu’on paye la taxe ! […] Les quelques cochons d’Inde vaccinés se portent bien… pour l’instant ! Comment seront-ils dans quelques semaines ?
Et puis, là où le cochon d’Inde résiste, l’homme résistera-t-il aussi ? Attention : perdre un ami ou un membre de sa famille, c’est beaucoup plus douloureux que de perdre un cochon d’Inde ! (Je devine qu’il y a des petites filles qui m’écoutent et qui ne sont pas d’accord, mais si !). »
« L’effet dissuasif d’une telle mesure ? Je ne sais pas. Est-ce qu’un meurtrier qui entre dans un pavillon et découvre deux petits vieux grabataires va se dire : « Ouh là, attention, je risque cinq ans de plus, je les laisse tranquilles » ? Pas sûr.
Cette mesure peut-elle contraindre les criminels à se renseigner sur l’état de santé de leurs futures victimes ? « Quel âge aves-vous ? Pas de diabète ? Des douleurs le matin au réveil ? » Et là seulement, si elles sont encore vaillantes, il prendre la décision de les buter ? ».
« Bizarrement, les téléspectateurs se sont émus du foulard, mais pas que Laurence interviewe le tyran iranien dans son palais.
C’est vrai qu’il fêtait un anniversaire, puisque cela fait un an que les manifestations étudiantes ont été réprimées dans le sang.
L’endroit de l’interview était magnifique, bucolique : des arbres, un plan d’eau, deux chaises et Laurence Ferrari en foulard Hermès… On n’allait pas gâcher ce beau tableau par une question trop pointue : demander, par exemple, à Ahmadinejad ce qu’il pensait de l’assassinat de Neda, jeune étudiante de vingt-sept ans tuée d’une balle dans la tête en pleine rue par un membre de la police. […] Les étudiants iraniens réfugiés à Paris ont dû avoir les mégas boules lorsqu’ils ont aperçu Ahmadinejad détendu, souriant, déclarer : « Je tiens à saluer le bon peuple de France ! »
La ménagère de TF1, elle, elle a appelé René…. « René, René, viens vite, regarde ce qu’elle a mis sur sa tête, Laurence Ferrari, un voile, elle est folle, elle va avoir une amende ! »
Oui, une amende, celle de la bêtise. »
Photographie de couverture : Pascal Ito.





