L'homme qui était Sherlock Holmes : Une biographie du Dr Joe Bell, Ely M. Liebow.
Publié en 1982.
Société Sherlock Holmes des Dilettantes
Résumé : « C'est à vous que je dois Sherlock Holmes » écrit Arthur Conan Doyle à son ancien professeur et mentor, le Docteur Joseph Bell, en 1892. Cet éminent chirurgien et professeur de médecine à l'Université d'Edimbourg est le père de la fameuse « Méthode déductive » qui sera la marque de fabrique de Sherlock Holmes, ainsi que l'essence de son mystère. Outre son imposante œuvre médicale, Joseph Bell était en effet réputé pour ses fabuleux pouvoirs d'observation et de déduction. A l'instar de son illustre héritier de fiction , il avait la capacité de tirer à partir de détails mineurs sinon insignifiants des informations capitales quant à la maladie de ses patients. ou à la résolution d'affaires criminelles. La notoriété de ses dons poussa en effet Scotland Yard à faire appel à ses services et le Docteur Joe Bell devint l'un des premiers experts médicaux-légaux. Il s'illustra ainsi dans la traque du tristement célèbre Jack l'éventreur, en concourant peut-être à l'arrêt soudain des atroces forfaits du premier tueur en série. Fort d'une recherche approfondie de la vie de Joseph Bell et des nombreuses correspondances entre ce dernier et Conan Doyle, Ely Liebow relate avec brio l'existence de cet homme remarquable à la postérité exceptionnelle.
Mon avis : Je lis très peu d'ouvrages biographiques, L'homme qui était Sherlock Holmes n'est que le troisième (après Le père de Sherlock Holmes de Peter Costello et Un portrait de Jane Austen de David Cecil) de ce genre et je suis ravie de pouvoir dire qu'à chaque fois je suis tombée sur des ouvrages géniaux ! J'ai commencé à reculons cette biographie du docteur Bell, mais est très vite été happé par le récit de la vie de Joseph Bell. Déjà la série Murder Rooms (Les mystères du véritable Sherlock Holmes en français) m'avait fasciné avec l'excellentissime Ian Richardson en docteur Bell, mais cette biographie me donne encore plus envie de les revoir (et entre nous la ressemblance entre Richardson et Bell est ahurissante), et de me documenter encore sur le bon docteur (et de lire un nombre non négligeable d'ouvrages cités par Ely M. Liebow, dont The trues originals qui a l'air passionnant).
Pourquoi ai-je dis que j'ai commencé à reculons ? C'est bien simple, Ely M. Liebow aime… discuter et citer abondamment ses sources. Et lorsqu'il a commencé à nous une histoire de la chirurgie d'Edimbourg j'ai cru mourir d'ennui. Heureusement j'ai repris cette biographie cette semaine et passé ce passage je me suis pris à adorer et à me trouver admirative de tous ces détails chirurgicaux et sanitaires que le docteur Bell a pu apporter aux divers hôpitaux de sa ville.
Joseph Bell ce n'est pas seulement un chirurgien brillant, c'est aussi un praticien avisé et compréhensif, doux sans être mou, droit et discret, observateur et croyant convaincu et pratiquant (et dieu seul sait ce que je peux penser de toute forme de religion), mais aussi caustique, drôle et profondément humain. A travers les pages d'Ely M. Liebow on découvre un biographe qui a excellemment bien travaillé. Toutes les sources sont citées en bas de pages (et elles respectent le code typographie en plus !), la nuance et de mise et si parfois l'auteur a tendance à se mélanger les pinceaux (à mon goût) c'est un réel enchantement de découvrir des extraits de lettres, d'articles de journaux et d'ouvrages non traduit dans notre belle langue française.
Quand on scande à tout va que Bell fut le modèle de Sherlock Holmes et qu'on a entendu deux ou trois anecdotes sur ses talents de déduction, on se dit qu'on n'a pas besoin d'en savoir plus. Et quelle erreur ! Comme je l'ai dit, Bell n'est pas seulement brillant à la déduction, il aussi su produire de très érudites monographies, réformer ou aider à réformer le système médical et scolaire des médecins, chirurgiens, infirmières d'Edimbourg. Mais aussi à trouver le temps de rédiger pendant plus de trente ans des articles de journaux, des partis de chasses à la campagne, de très longues marches, et assister aux deux services du dimanche. Et sa foi ne se teintait pas de cette bigoterie qui me fait vomir (même si ses envolées lyrique sur la bonté du Seigneur me donne des frissons), mais était éclairé. Sans toutefois être un parfait visionnaire, il savait reconnaître ses torts et même si au départ il lui semblait « étrange » que les femmes veuillent suivre les cours de l'université de médecine, il accepta de leur enseigner et fit tout pour former au mieux les infirmières de l'Infirmerie royale…
En conclusion, Ely M. Liebow nous éclaire sur la guerre qui eu lieu entre différents holmésiens accordant à la paternité de Holmes à Bell (ce que Conan Doyle avoue lui-même à son ancien professeur et dans son autobiographie), et le fils de l'auteur Adrian Conan Doyle prêt à monter sur son destrier et menacer de sa lance de piété filiale quiconque oserait dire que ce n'est pas au seul génie de Conan Doyle que nous devons le personnage de Sherlock Holmes. Il est assurément assez risible de lire la façon dont Adrian Conan Doyle se contredit dans chacune de ses lettres ouvertes aux journaux, mais comment en vouloir à un fils qui voulu protéger son père (même s'il était à côté de la plaque) ?
En deux mots : Que Joseph Bell ait servi de modèle à Sherlock Holmes ou non (et entre nous il est tout à fait clair que cela ait été le cas), il méritait amplement cette ouvrage dont la lecture est plus que passionnante !
Traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet.
Ely M. Liebow (mort en 2007) fut professeur de langue anglaise à la Northeastern Université de Chicago, spécialiste de l'œuvre de Conan Doyle, ainsi que du XVIIIe siècle britannique. Il fut président de la branche de Chicago de la société américaine des amis de Sherlock Holmes, The Baker Street Irregulars, et rédigea de nombreuses études sur le célèbre détective.






