Aujourd'hui j'ai relu Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (enfin c'était hier soir puisque je n'ai pas mis l'article en ligne de suite). Je ne voulais pas faire un nouveau billet avec armes et bagages pour le présenter (sous-entendu résumé et bio des auteurs), mais heureusement ma relecture du Libraire du mois dernier m'avait donné une idée. Un article plus informel dans lequel simplement parler de la lecture. Et le voilà.Il y a deux ans maintenant j'avais aimé ce roman quand je l'avais lu à la même époque ou presque (je me souviens que je travaillais au silo et que je le lisais pendant les heures creuses) ; j'ai ensuite tané mes parents pour que l'on visite Guernesey et Jersey lors de nos vacances en Normandie, j'ai lu Anne Brontë aussi (Juliet, la principale narratrice a fait une biographie sur elle), et la boucle a été bouclée. Je voulais accompagner ma si belle journée avec une non moins belle lecture et voilà, j'ai pioché ce roman, et je ne l'ai pas lâché (la photo n'est pas de moi, mais impossible de trouver son auteur). J'ai terminé ma lecture dans ma salle de bain il y a un moment. J'ai passé une heure sur le tapis de bain, tantôt allongé, tantôt assise en tailleur ou dans des positions plus acrobatiques (j'adorais les cours de gym quand j'étais en primaire) et je n'ai pas vu passer la fin du roman. Ou plutôt je voyais le nombre de pages restantes se réduire et j'étais triste que cela se passe si vite. En effet, Juliet n'arrive à Guernesey que passé la bonne moitié du roman et des évènements très importants arrivent alors (les lettres du certain O.W., Dawsey, Rémy, Sydney ...). Mais je m'éparpille, peut-être ferais-je bien mieux de vous faire une rapide présentation des évènements avant toutes choses ?
Juliet Ashton est une auteur britannique ; la deuxième guerre mondiale est terminée depuis quelques mois et elle est en tournée pour présenter son recueil de chroniques quand un habitant de Guernesey qui a acheté un de ses anciens livre d'occasion la contacte pour savoir si elle ne pourrait pas le mettre en relation avec un libraire londonien. Et c'est de là que tout part. On découvre l'existence d'un cercle littéraire des amateurs de tourtes aux épluchures de patates, la vie des insulaires pendant l'Occupation, la vie de ces dits personnages etc.
J'ai aimé retrouver ce livre, relire les scènes qui m'avait ému, plu, fait rire la première fois. Je corne les pages dans ce cas-là où je les souligne au crayon de papier ; une fois ma lecture terminée je décorne les pages et lors de la lecture suivante je re-corne et je vois souvent de nouvelles pages être sélectionnées, d'anciennes retrouver leur rang ou d'autre qui attendront la prochaine relecture.

C'est un roman épistolaire très bien construit ; on a pas l'impression que les évènements nous sont racontés de manières artificielle ; les deux auteures ont fait des choix judicieux pour les correspondants afin que l'on puisse avoir à tout moment des nouvelles de Juliet. Quand elle est à Londres elle écrit à son éditeur parti en Australie, aux habitants de Guernesey, à son amie en Ecosse ; quand elle arrive à Guernesey, elle eut nous parler de ses aventures en écrivant à l'amie et l'éditeur (revenu à Londres entre temps). On a aussi des petits mots des habitants, quand certains vont en voyage, quand des amis à elles reviennent d'une visite sur l'île.
Lire les premières lettres où l'on parle des lectures des membres du cercle est un plaisir ; on aime découvrir ce qu'ils pensent des soeurs Brontë, de Sénèque, de Charles Lamb (même si j'ignorais totalement son existence jusqu'à présent), la façon dont ils en parlent, la façon dont ils racontent leur vie. Cette petite bande doux dingues est attachante ; ils sont drôles, tous différents mais si complémentaires. La petite Kit, le silencieux Dawsey que je me suis plu à observer depuis le départ sachant comment se terminait le roman (vraiment un excellent personnage !), l'imprévisible Isola et ses potions de sorcières, même les enquiquineurs sont agréables à lire.
Oui, ces personnages attachants, drôles, tendres et intelligents sont le sel de ce roman ! Lire leurs aventures fait sourire, Juliet est comique dans correspondance, Isola impayable avec ses manies, Sydney charmant avec son sérieux et son amitié pour Juliet, Dawsey fascinant avec son calme, Kit a croquer avec ses petites manies d'enfant.
Je ne vois pas quoi ajouter d'autre ? Je ne vais pas refaire un autre avis complet, j'ai aimé ma lecture, beaucoup. J'ai retrouvé le plaisir de me lover dans mon fauteuil, d'aller lire dehors sur la terrasse, de ne pas lâcher le bouquin, de ne même pas penser à lézarder devant la télé. J'ai retrouvé Guernesey, ces excellents et si attachants personnages, leur amour des livres, leurs aventures... que demander de plus ?
Voici ensuite quelques petits passages que j'aime et des photographies prises lorsque j'étais à Guernesey (plus haut à droite c'est une vue de la côte du haut de la maison de Victor Hugo, en bas c'est un panorama qu'on a en arrivant par bateau sur l'île).
« Chère miss,
Au début, je n'avais aucune envie d'assister à des réunions littéraires. Ma ferme me donne beaucoup de travail et je n'avais pas de temps à gaspiller à lire des choses que des personnes qui n'ont jamais existé n'ont jamais faites.
Puis, en 1942, je me suis mis à courtiser la veuve Hubert. Quand nous nous promenions ensemble, elle marchait toujours quelques pas devant moi et ne me laissait jamais lui tenir le bras. En apprenant que Ralph Murchey l'avait prise par le bras, lui, j'ai compris que j'avais échoué.
Ralph, qui est un peu fanfaron quand il a bu, avait raconté à tout le monde dans la taverne : "Les femmes aiment la poésie. Un mot doux et elles fondent. Elles se transforment en flaque devant vous." Ce n'est pas des manières de parler des dames. J'ai tout de suite compris qu'il ne voulait pas la veuve Hubert pour elle-même, comme moi, mais pour son pâturage et ses vaches. Alors je me suis dit : s'il lui faut des rimes à la veuve, je lui en trouverai.
Je suis allé chez Mr Fox et je lui ai demandé des poèmes d'amour. Il ne lui restait plus beaucoup de livres parce que les gens les achetaient pour les bruler (quand il a fini par comprendre ce qu'il se passait, il a fermé boutique). Il m'a donné un livre d'un certain Catulle. Un romain. Vous savez le genre de choses qu'il disait dans ses poèmes ? J'ai tout de suite compris que je ne pourrais pas réciter un seul de ces vers devant une dame. »
« J'ai choisi d'écrire sur Anne Brontë, parce qu'elle est la moins connue des trois soeurs et, selon moi tout aussi talentueuse que Charlotte. Dieu seul sait comment elle a réussi à écrire une seule ligne dans l'ombre d'une femme aussi pieuse que sa tante Branwell. Emily et Charlotte étaient assez sensées pour ignorer cette femme sinistre, mais pas cette pauvre Anne. Imaginez-vous cette vieille bique pernicieuse, prêchant que Dieu a volontairement créé la femme pour qu'elle soit faible, douce et un tantinet mélancolique. C'était tellement plus facile de tenir la maison ainsi. »
« Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola ? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et Préjugés, et m'a grondée de ne lui pas avoir palé d'Elizabeth Bennet et de Mr Darcy. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés, sans angoisse, sans mort et sans cimetières ! Que lui avions-nous caché d'autre ? »
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
NiL Editions 2009, traduit de l'anglais par Aline Azoulay.






