Dans le sillage des dames seules... Erwan de Fligué.
Publié en 2010.
Le signe des Trois - Société Sherlock Holmes des Dilettantes
Publié en 2010.
Le signe des Trois - Société Sherlock Holmes des Dilettantes
Résumé : Londres, 1887. Arthur Conan Doyle, qui n’est pas encore sir, tire le diable par la queue : son cabinet médical ne rencontre pas vraiment le succès, et son premier roman n’obtient pas plus la reconnaissance littéraire escomptée qu’il ne permet à l’auteur de s’enrichir. De leur côté, ses confrères Bram Stoker et Oscar Wilde s’en sortent à peine mieux. Les trois écrivains inventent alors un stratagème censé leur rapporter les lauriers qu’ils méritent : ils mettent en scène de faux meurtres destinés à attirer l’attention sur leurs romans, au nom du précepte selon lequel la nature imite l’art. Mais après deux échecs cuisants, lorsque l’affaire enfin éclate dans la presse, les cadavres qui s’accumulent ne sont plus les leurs !Mon avis : Il faut laisser le temps aux livres... qu'ils dorment un ou deux ans dans ma bibliothèque ne les ennuie pas. De toute façon je fini bien par les lire à un moment ou un autre. J'ai acheté Dans le sillage des dames seules dormir chez moi un an exactement ; commandé à sa sortie, je ne l'avais jamais ouvert depuis. Ni même jeté un coup d'œil à la première page. Non pas que le sujet ne me tentait pas ('fin pourquoi l'aurais-je acheté sinon ?) simplement que ce n'était pas le bon moment, puis l'envie est venue, sans aucune raison et j'ai dévoré cet excellent roman. Les raisons en sont multiples, il s'agit d'une histoire qui se déroule à une de mes époques favorite, la fin du XIXe siècle, on y retrouve Arthur Conan Doyle, Oscar Wilde, Abraham Stoker et même Henry Irving, on parle de Sherlock Holmes, c'est drôle, bien écrit, pleins de clins d'œils au canon ... bref c'est vraiment un chouette roman. Et puis, il a un côté gratifiant aussi ; quand on a lu un minimum l'oeuvre des auteurs contemporrains ou presque à cette époque, Stoker, Poe, Baudelaire, Wilde, Doyle, Polidori ou autres, on découvre des clins d'oeils réguliers et des allusions à leurs travaux. Les plus nombreux sont fait à l'oeuvre de Doyle évidemment (comment pourrait-il en être autrement quand on sait que l'auteur est un holmésien membre de la SSHF ? ((c'est d'ailleurs pour cela que j'avais commandé son roman)) ), et au lieu de m'agacer comme ça a pu être le cas dans d'autres pastiches, ici, avec le ton humoristique que tout le roman a, ça passe très bien. Les plus improbables situations se déroulent et les plus invraisemblables sources semblent montrer qui a pu inspirer le Napoléon du crime, Le signe des quatre ... mais n'est-ce pas après tout la vie de The Game ? De ne surtout pas se prendre au sérieux mais d'avancer ses pions en les justifiants par des mouvements compréhensibles et dont la logique est la même ? On explique les petits détails du canon, l'inspiration de Doyle par des trucs extravagants ? Mais tant mieux, c'est drôle et dans le contexte ça se tient :) J'ai d'ailleurs ricané plus d'une fois toute seule, et j'ai même éclaté de rire en lisant une certaine scène où Wilde se tire d'affaire en se faisant passer pour Holmes ... j'ai gloussé pendant plusieurs secondes avant de me rendre compte que j'étais dans le métro avec pleins de gens autour de moi ("Oui désolé madame c'était encore moi qui avait l'air dingue assise à côté de vous").
En fait, en plus du fait que j'ai adoré retrouver Londres, Conan Doyle et les autres (et surtout reconnaître comme acquis certaines informations, comme retourner dans sa ville natale, ou revoir des vieux amis), le ton décalé de l'ouvrage m'a séduite. Il aurait pu être singulièrement déplaisant, ne pas aller assez loin, ou le faire trop ... mais non, le ton est juste (sauf quelques mots qui m'ont parfois semblé un peu trop ... un peu trop quoi), c'est drôle, c'est vivant, ça donne une autre saveur au roman, et les anachronismes n'en sont que plus savoureux. En plus, et ça change, c'est Conan Doyle notre narrateur ; bon OK il l'étais aussi dans Mr Doyle et Dr Bell, mais ce roman est un torchon (ouioui je suis super violente). Doyle nous raconte sa vie, nous parle de Holmes qu'il a bien envie de zigouiller, et même si cela est présenté sous des dehors humoristiques, la façon dont il en parle, et les arguments qu'il avance pour son propos sonnent justes ... un seul truc m'a un peu gêné, à un moment il rapporte ce que Wilde a pensé de son roman Micah Clarke, et il me semble que ce n'est pas correct ... je me souviens que dans son autobiographie il rapportait (les vraies) paroles de Wilde qui disait avoir beaucoup beaucoup aimé ... OK il a déjà travesti des faits historiques, changé des dates (enfin j'ai l'impression) alors modifier une impression de lecture n'est rien de bien méchant, mais ça m'a un peu embêté.
L'histoire se lit franchement très bien et retrouver Wilde, Conan Doyle et Stoker m'a ravi. Je les aimais déjà dans les aventures de Gyles Brandreth, ici je les ai encore plus aimé et ça m'a donné très envie de lire les bouquins d'eux que je n'ai pas encore dévoré. Même si les traits des personnages sont tirés du côté du grotesque pour coller au ton de l'ouvrage (et que ça ne choque pas du tout dans le roman) j'ai retrouvé leurs traits de caractères ; ils n'ont donc pas été travesti avec de mauvais costumes. La fin du roman parle bien sûr du procès que le marquis de Queensburry intenta contre Oscar Wilde pour homosexualité et tente de ... je ne sais pas, de justifier pourquoi Conan Doyle ne l'a pas aidé, ni pourquoi il ne l'a pas soutenu quand celui-ci est sorti de la geôle de Reading ... et cela ne m'a pas satisfait. En fait je suis déçue par l'attitude de Doyle ; dans la vraie "histoire" il n'a pas beaucoup connu Wilde, il l'a rencontré bien sûr pour la signature de la publication du Signe des quatre avec l'éditeur américain (et Wilde venait présenter Le portrait de Dorian Gray comme vous pouvez vous en douter), il en parle dans son autobiographie, ne l'accable pas et le défend même
(enfin il dit qu'il n'a jamais constaté rien d'infamant venant de sa personne) mais justement, le fait qu'il ne l'ait pas beaucoup connu justifie cela. Mais dans le roman ils étaient amis ... j'aurais aimé que la fin change et qu'Oscar ne finisse pas sa vie tout seul en France. Ou tout du moins que son attitude ne semble pas si froide.L'histoire, pour en reparler brièvement, est comme vous avez pu le lire dans le résumé, plutôt originale ; enfin moi je n'avais jamais lu cette "supposition", et c'est ça aussi qui m'a plu. Les crimes de Jack L'éventreur son expliqués autrement d'ordinaire et on croise avec plaisir certaines théories soutenues par les afficionados du mystère (bien que je m'en tamponne le coquillard de qui a pu être l'Eventreur franchement ; c'est juste une donnée de l'époque). Tout ça pour dire que ça change des habituelles enquêtes "sérieuses" qu'on fait mener à Conan Doyle et que j'ai aimé.
En deux mots : Une lecture très agréable ! C'est drôle et passionnant à lire. La résolution du mystère ne m'a pas émue au larmes, mais bon elle est dans l'idée du livre.






