La twittérature, Emmett Rensin et Alexander Aciman.
Publié en 2009.
Mon avis : Je ne pensais jamais lire cet ouvrage. Je n’étais pas dans la posture de l’outragée vertueuse, genre « non mais quels cuistres, ils ont osé résumés les œuvres de la littérature mondiale ? », mais plutôt « mouais, ça ne m’intéresse pas ». Mais Marion en a décidé autrement et me l’a offert cette semaine. Merci !
Les deux auteurs de l’ouvrage nous offre un avant propos à leur « travail » : « La vie ne saurait offrir de plus grand trésor que l’art. Il permet à l’être humain de s’abstraire des trivialités qui lui malmène l’esprit du matin au soir et de se hisser vers les sommets pour, brièvement, entrevoir le sublime. » Hey en lisant ça on se dit, cool ils sont peut-être intelligents les gamins. Mais quand ils embraillent avec « ces grands textes si intemporels soient-ils, sous leur forme actuelle, sont datés. A part des étudiants et des professeurs, quelques ermites et les disciples d’un John Ludd tombé en disgrâce, qui ose aujourd’hui s’y immerger en espérant comprendre un minimum de quoi il en retourne ? » Et là je réponds, des lecteurs bandes de ruffians. Pas des esthètes surdiplômés, ou des mages cacochymes, mais simplement des lecteurs qui ont trois neurones vaillants.
Ensuite ils comparent leur entreprise à celle de Martin Luther qui traduisit la Bible du vernaculaire en langue courante de l'époque afin de permettre aux croyants de comprendre ce qu’ils lisaient. Et là je dis… hum… je ne savais pas qu’on avait besoin d’un traducteur automatique réducteur de caractères pour capter la langue de Flaubert, Jane Austen, J.K. Rowling et etc. Que des étudiants en lettres, qui sont surement de futurs professeurs, à moins que ce ne soit pas assez hype pour eux, pensent ainsi fait froid dans le dos. Qu’ils estiment que le « cerveau moderne » de l’homme ne peut plus comprendre ces bouquins, est juste complètement faux bien sûr et très dans l’air du temps. Et on se demande ce qu’ils pourraient bien enseigner comme passion de la littérature à leurs élèves.
Qu’ils aient égayé leurs soirées par ces jeux de langages (que des journaleux hyper objectifs comparent à l’Oulipo) ok, c’est drôle entre potes de se taper des délires, mais delà à chercher à le légitimer et à la publier, hum je doute. En plus l’édition française renforce cette impression. J’ai trouvé sur un blog de Libération l’explication parfaite : « On continue, et l’impression reste la même. Les tweets en eux-mêmes passent bien. Le decorum éditorial, moins. » Le décorum français en effet voudrait changer ces blagues de potaches en révolution de la culture. Les petits résumés d’œuvres présents au début de chaque ouvrage tweeté ont en effet était ajouté par l’éditeur français (et en plus le gars ou la fille hein, qui les a ajouté s’est trompé dans les prénoms de héros, les intrigues), les notes de bas de pages (également pleines d’approximations et de fautes) alourdissent le tout en voulant tout expliquer. L’édition français vire aussi la mise en forme très tweet et qui enlève un peu la compréhension du tout.
Deuxième truc qui me gêne. Les coco disent en préambule vouloir rendre plus accessibles ces géants de la littérature auxquels on ne peut plus rien capter aujourd’hui (c’est pas de leur faute ils sont trop longs ces trucs et écrits dans un idiome incompréhensible). Mais euh alors Harry Potter, les Beatles, Fascination et le Da Vinci Code c’est pourquoi ? Certes les tweets sont drôles, mais au lieu de vouloir passer pour des pourfendeurs de la littérature, des révolutionnaires ils auraient dû rester ce qu’ils sont : des étudiants qui s’amusent.
Et donc parlons des tweet. Il y en a des drôles franchement, des raccourcis assumés qui montrent le ridicule d’une situation. Mais ces résumés ôtent tout l’intérêt des textes. Parce que l’histoire du gars qui se changent en cafard et meurt ça paraît pas hyper passionnant comme ça, non ? Mais avec la scénographie de Kafka, sa langue, l’atmosphère qu’il dégage ça en devient génial et prenant. Edith Wharton disait un truc dans le genre dans son Vice de la lecture.
Mais il y en a qui tombent à plats (et beaucoup). Quand ils changent leur ton d’jeunz et moderne ça devient mortellement ennuyeux genre O & P. D’autres qui sont justes à côté de la plaque, ou simplement incompréhensibles. D’autres encore… j’suis pas prude, mais avoir des « j’ai la trique » « j’avais la prendre » « j’ai les couilles gonflés » « ça me démange », je vois pas l’intérêt. Genre je cite : « Cet endroit est plus sinistre qu’une chatte de pute. » On repassera. Ou pas.
Et ces tweets qui se suivent, même s’ils sont courts paraissent très longs rétrospectivement. Une phrase bien faites et drôle aurait suffit. Eux qui veulent abréger des bouquins trop verbeux et pleins d’adverbes (cf. Harry Potter), auraient dû essayer de déjà raccourcir leur bazar.
En deux mots : C’est long. Pour un truc qui se voulait court c’est bête. Plus souvent lourd que drôle (même si bien sur j’admets qu’il y a certains trucs rigolos), l’édition française n’arrange rien. Alors bon si vous voulez le lire faites-le en anglais ou bien tiens, ne le faites pas :D





