Résumé : Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rôdée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres, un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher. Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ? Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès.Mon avis : C'est à Mrs Pepys que je dois d'avoir le joli cadeau de compter Au Bon Roman dans ma bibliothèque. En effet il n'y a pas si longtemps (allez pas plus de trois mois) je recevais par courrier ce très gentil cadeau. Je ne l'ai commencé que le week-end dernier pile poil lorsque Georges lançait son nouveau challenge. Et je suis contente de l'avoir découvert, cela fait toujours du bien de lire un livre sur les livres, les lecteurs et toussa, la vraie vie quoi. Mais je suis un peu déçue parce que la construction du roman, sa conclusion et certains autres trucs ne m'ont pas trop plu ou semblé un peu bancals. Et c'est dommage parce que l'idée de mettre en scène la fondation d'une librairie idéale est très intéressante et pleine de promesses.
Van est un baroudeur ; ancien prof, ancien voyageur, libraire sur la sellette il rencontre Francesca qui rêve de faire quelque chose de bien. Et pourquoi pas ouvrir la librairie dont ils rêvent ? Une librairie remplies que de bons livres qu'ils auraient choisis, là où les lecteurs, les amis pourraient découvrir la beauté de textes oubliés ou injustement sous-exposés ? Ce sera donc fait au Bon Roman... ils avaient prévu l'échec, mais pas la réussite qui les submerge et les inimités qu'elle génère.
Avouez que l'histoire donne envie. Des fous de lectures qui se battent pour la littérature qui refusent le dictat des offices (colis de bouquins envoyés par les maisons d'éditions sans consultation du libraire), des sacro-saintes nouveautés qui inondent tout, de la médiocrité qui sudent de la plupart des romans à la mode. Une librairie dans un coin de Paris, des plantes vertes, des lecteurs qui restent debout toute la journée pour lire la pépite qu'ils ont découverts... et c'est effectivement très agréable à lire. Laurence Cossé a une très jolie façon d'écrire, surtout les sentiments de Van pour Anis. Et moi qui ne suis pas fan des textes dans le textes, j'ai beaucoup aimé lire les lettres d'Anis qui avaient une saveur bien particulière, séparée de celle du roman. Les réflexions sur la littérature sont également intéressantes quoique à mon goût amenées un peu trop avec de gros sabots. Ce que j'ai préféré en fait de ce côté-là c'est de lire les réactions des autres au parti-pris de la librairie ; de ne proposer que des bons livres. J'avoue que je serais moi aussi tombée dans ces poncifs, et de les voir écrit là, analysés par les protagonistes m'a beaucoup aidé. Je suis plutôt du genre à lire ce que je veux sans me soucier du bouquin à la mode, des nouveautés et des avis des autres ; de lire pour me faire plaisir. Alors de lire parfois certaines phrases extrêmes de Van et Francesca me gênaient. Si les gens veulent lire des Harlequins (exemple lambda) qu'ils le fassent, du moment que ça leur permet de s'évader. Mais même si je suis toujours d'accord avec moi-même (ouf on a échappé à la schizophrénie), je comprends le point de vue de Van et Francesca. La soupe inonde les rayons et un bouquin d'un jeune auteur plus intéressant que les confessions d'un présentateur télé sera vite relégué en réserve et invisibles pour les lecteurs. La trop grande offre (nan mais c'est quoi de lancer 600 titres à une rentrée littéraire ? Qui va les lire ?) noyant les bouquins qui auraient mérité de sortir du lot.
Ce qui a fait que ma lecture n'est pas un coup de cœur, c'est l'espèce de déséquilibre du roman. Le premier truc qui m'a "gêné", disons un peu perturbé, c'est le début. Si je n'avais pas su que c'était bien ensuite, je pense que j'aurais été un peu perdue et découragée. Les trois-quatre premiers chapitres sont confus puisque se passent à la fin du livre chronologiquement et que la genèse du Bon Roman va nous être offerte sous forme de récit rapporté. Et si j'aime cette sorte d'esthétique je ne suis pas persuadée qu'elle soit le mieux utilisée ici. Un peu comme les trèèès longues lettres qu'écrivait Gilbert Markham à son beau frère pour nous raconter La châteleine de Wildfell Hall ; c'est gentil, le principe est sympa, mais une lettre qui fait deux cent pages j'ai un peu de mal à y croire. J'ai également accroché sur plusieurs phrases, un peu longues, entrecoupée de phrases rapportées, d'anticipation un peu lourdes. Certaines paragraphes sont également vraiment trop... là pour faire du texte. Quand Van s'interroge sur quel service de police va pouvoir l'aider pour lutter contre les attaques faites à la librairies on a trois-quatre pages où il nous décrit le système judiciaire, et ses recherches ; ça ne me semble pas forcément utile ou intéressant. Non plus que le détails de ses calculs pour les doublons sur les listes de
livres ou autres.J'ai été séduite et émue par ce Vand fou d'amour pour la petite Anys ; il est touchant, elle est intéressante dans ses refus. Laurence Cossé sait très bien les décrire, sauf que je m'attendais à un truc plus... plus crédible ou spectaculaire concernant les préventions d'Anis à l'encontre de Van. De même que pour la fin avec Francesca, je ne sais pas, je ne suis pas satisfaite... tout ça pour ça je me suis dit ?! Même remarque pour le narrateur qui nous intrigue tout le long de l'histoire ; son "je" montre qu'il participe à l'histoire, mais la révélation de son identité ne m'a pas semblé transcendante. J'aurais préféré une narration à la troisième personne, je ne trouvais pas nécessaire de rajouter en plus un tel point de vue (mais je ne suis pas l'auteure de toute façon XD).
En deux mots : Malgré quelques points négatifs et une impression de déséquilibre, j'ai passé un moment (très) agréable avec Au Bon Roman.





